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« La suppression des intermédiaires ». N°714

Écrit par sur 16 décembre 2015

automatisationNous n’allons nous mentir : plomber plus encore le moral pour cette fin d’année ne me réjouit guère. Mais un reportage fort banal m’a fouetté l’esprit hier soir mardi : comment dans les conditions d’un tel chômage de masse, peut-on faire la promotion béate comme celle de France 2, journal du 20h, des outils numériques et des modes de vie qui les accompagnent, en vantant la « suppression des intermédiaires » grâce aux plateformes internet ?  

Voilà pour la question. En fait il s’agissait de la diffusion le plus mollement du monde, dans le genre « plein de bon sens populaire », d’un reportage qui a tout d’un télescopage post-électoral. Entre énoncé des chiffres du chômage comme cause de la poussée FN (sujet précédent) et l’oeil de verre de la caméra nous relatant jusqu’à la niaiserie ce nouveau monde d’écrans et de claviers apparemment parfait qui a l’avantage de supprimer les « intermédiaires » (surtout pour passer devant les autres, en l’occurence à l’inscription dans une crèche de quartier).

Bon, d’accord, sommes obligés de prendre acte : nous entrons dans la société automatique. Parce que le numérique permet d’intégrer tous les automatismes. Quels qu’ils soient. Au risque de créer un nouveau mode de société qui déjà s’énonce : la ville intelligente, ou « smart city », big data, etc. Mais très gros problème : l’automatisation est inquiétante… pour l’emploi.

Dans plusieurs études récentes, nos sociétés seraient entrées dans un processus d’automatisation généralisée. Qui devrait aboutir à une réduction massive des emplois. Qui sont voués à être remplacés par des robots. Ainsi des études les plus sérieuses, celle de l’université d’Oxford ou bien encore du Massachusetts Institute of Technology estiment que la moitié des emplois aux États-Unis seraient menacés à l’horizon 2025-2035.

D’abord ça toucherait les emplois pénibles et répétitifs mais pas seulement. Car les métiers qualifiés y passeraient de la même manière. D’ailleurs comment être myope à ce point pour ne pas se rendre compte que l’automatisation déboule au grand galop dans tous les services. Déjà, sous nos yeux, tous les secteurs sont en train d’y passer : banques, restauration rapide, cinémas, transports en commun, grande distribution, etc. En fait, ce sont les consommateurs ou usagers qui accompliraient dorénavant gratuitement le travail des employés.

450px-comtessesophie_rostopchine_1Le tout sans aucun débat public pour appréhender ses conséquences sur le travail. Au boom du numérique, le seul travail qui se crée consiste à l’intervention en cas d’interruption du flux, de panne ou d’incident. Pour tout autre emploi qui a été réduit à des automatismes procéduraux, il sera remplacé par l’automate.

Qui peut encore faire semblant d’ignorer l’immense transformation en cours ? Qui ne peut que s’accélérer au fil de ce que développeront les fameuses start-up -y compris celles de la French tech-, tenues à irriguer les flux dans un seul et unique sens: l’argent va à l’argent.

De plus, l’automatisation reconfigure entièrement espace, temps et activité. D’où le développement du travail en réseau, etc. Avec ses effets : précarisation généralisée provoquant un sentiment d’insécurité. Bien sûr toutes les tâches ne sont pas automatisables, en particulier dans des secteurs où le travail comprend généralement une dimension relationnelle. Mais là encore… l’important est de parvenir à réorienter les clients vers le réseau.

robots_dont_need_you_c« Ces infrastructures 24/7 (je traduis: fantasme d’une société fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7) qui ne s’arrêtent jamais, où il n’existe pas de pause, et où ce sont la décision et la réflexion qu’il s’agit de rendre « superflues », connectent en permanence les individus à des ressources en ligne qui court-circuitent la « vie quotidienne» en la vidant de sa quotidienneté, c’est-à-dire de sa familiarité : qui l’anonymisent. » écrit dans son livre La société automatique-1-L’Avenir du travail, Bernard Stiegler, philosophe féru de nouvelles technologies.

« Ce qui est en train d’advenir, c’est la disparition de l’emploi. » prédit-il non sans raison. Lire ici.

Ainsi diverses études prédisent 50 % d’emplois en moins d’ici vingt ans en Europe. Public touché: les jeunes (jusqu’au sein des classes les mieux éduquées) ! Le 26 octobre de l’année dernière, le Journal du dimanche annonçait, d’après une étude du cabinet Roland Berger, que la France pourrait connaître «la destruction d’ici à 2025 de trois millions d’emplois touchant tout autant les classes moyennes, les emplois d’encadrement et les professions libérales que les métiers manuels» -« un scénario optimiste par rapport à d’autres études » commente Stiegler.

Bonjour la déstabilisation sociale et géographique ! D’autant que face à ce tsunami technologique, nous nous sentons de plus en plus impuissants, même incapables.

Bernard Stiegler (lire cet autre entretien qui aborde le désespoir) préconise revenu universel garanti et réforme de l’éducation, mesures plus urgentes que jamais. L’écouter ici. Ainsi que des formes de savoirs fondées sur ce que la philosophie nomme l’autonomie.

En fait, dans ce reportage de la chaîne publique, une question manquait humainement : en société, dans le court-circuit généralisé des existences, y compris le sien propre, qui n’est pas ou ne sera jamais « l’intermédiaire » de l’autre ?

D.D

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