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La tenant par les cornes. N°594

Écrit par sur 28 août 2013

Dodue avait l’œil boursouflé. Elle avait du mal à ouvrir l’œil droit. Elle s‘était accrochée au fil barbelé sans doute. Du coup à deux nous nous sommes mis en quatre pour lui apporter les soins nécessaires qui se sont révélés inefficaces. Inquiétude. Du coup le vétérinaire s’est déplacé. Dodue et Teatree sont nos deux Chèvres des Fossés. Elles partagent avec Jules, notre âne, un terrain près de la maison.

Nous aimons les animaux et vivons entourés d’eux. D’autant que s’ajoutent nos quatre chats. Plus quelques autres chats vagabonds ou du voisinage qui circulent et qu’on salue et nourrit au passage. Et tous ces autres vivants qui peuplent avec nous l’endroit à leur façon (mais dont le nombre décroit comme les papillons). Ici, à l’air libre ou pas. On partage je pense de l’affection les uns pour les autres, mais il n’empêche qu’il est difficile de se mettre à la place de l’autre. La différence est quand même totale.

Cependant, et notamment quand ils souffrent, ça se devine, ça se voit, ça se pressent. D’une espèce à l’autre ? Je l’ignore. Cependant les changements de comportements, d’attitudes en disent beaucoup. Dodue ne sortait plus, ne mangeait plus. Comme nous, les humains. Donc on comprend, sans être véto pour autant, tout ce petit monde là. A le fréquenter chaque jour. Moyennant d’être attentif aux signes de tous ordres qui s’adressent à nous. Les animaux ont des codes, nous les nôtres, et si certains se partagent, dans tout ça il ne peut être dit qu’il y a un animal supérieur. Qui saurait et comprendrait tout. Nous sommes tous différents.

Bon, il semblerait que l’homme ait quitté depuis fort longtemps son côté animal. Depuis qu’il a acquis un langage. Une syntaxe. Qui suppose la maîtrise du temps. Et la raison. Ce plus que les autres, dit-on. Deux motifs qui sépareraient l’homme des autres animaux. Qui n’ont apparemment que des codes. Ce qui reste à démontrer. Compte tenu du mépris où ils sont tenus. En plus si l’on s’en limite aux codes. N’empêche il paraîtrait que la théorie de l’évolution n’a toujours pas élucidé cette évolution chez l’homme. Ni en quoi consiste l’évolution chez l’animal, Dodue comprise. S’il en existe. Du moins si l’on sait nous hommes dire -avec condescendance- en quoi consiste cette fameuse « animalité » dont on s’exclue d’office. Ce qui paraît fort difficile considérant nos différences. Et toujours pas prêts à reconnaître l’existence d’autre type d’intelligence.

Commençons d’ailleurs à commencer par reconnaître que nous ne savons rien, ou si peu. Notre situation humanistique s’avère fort bancale à cet égard. Dans un fragment de Par-delà bien et mal, Nietzsche caractérisait l’homme comme « l’animal dont le caractère propre n’est pas encore fixé ».

N’est-on pas nous mêmes en train de réagir « mécaniquement » à des déterminations qu’on ignore ? C’est ce à quoi j’ai pensé la tenant par les cornes. A une heure enveloppante de l’après-midi. Quand on lui passait la pommade après l’injection d’antibiotique. Par le véto. Après qu’elle eut brisé sa chaîne. Et qu’il ait fallu courir après elle, véto compris, dans le pré pour la rattraper. Pas envie de se faire manipuler par le véto, la Dodue craintive. C’était avant que le maréchal ferrant vienne tailler les sabots de Jules. Qu’il a calmé en lui plaçant le tord-nez. Parce qu’il n’aime pas vraiment non plus se faire manipuler, le Jules.

A cette multitude de vivants que Jacques Derrida appelle « l’animot » -« ni une espèce, ni un genre, ni un individu », mais « une irréductible multiplicité vivante de mortels »-, j’adresse moi « l’animal que donc je suis », un grand salut fraternel.

D.D


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