Récits de saveurs… saisonnières. N°1235
Écrit par admin sur 14 janvier 2026
De chronique en chronique, ce à quoi s’emploie La Chronique d’ici-même c’est de tenter de démêler des fils, puis de les tisser, le tout se tenant fermement dans la réalité matérielle – qui s’attache à une représentation réaliste et sensuelle des choses.
Il y a tout juste un an, je tentais d’expliquer ce qu’il se passait en moi face entre autres, aux livres ou carnets écrits que je découvrais dans quelques tiroirs ou étagères de placard de la maison familiale, à relire ici. Et, dans ce tri indispensable préalable à la vente, comment il m’était dur de se séparer de choses qu’à coup sûr j’allais regretter plus tard. Eh bien, en voici la confirmation : de celles-ci les recettes de cuisine que ma mère griffonnait, parfois accompagnées d’un frêle dessin. Chacune liée aux légumes du jardin autrefois productif, donc de saison et de saveurs… familières.
Si bien que de fil en aiguille, ces ingrédients là m’amènent au livre « Récits de saveurs familières » d’Erri De Luca. Dans lequel est célébrée « la cuisine de la classe ouvrière « . » Il m’est resté dans la bouche un palais fruste, capable de distinguer le bon du mauvais, mais pauvre en nuances intermédiaires, écrit-il. J’ai des papilles du XXe siècle « .
A la suite de chacun de ses 24 récits où se tissent ses expériences culinaires familiales et ouvrières, l’histoire de repas à plats simples, ou bien autour du sel, de la tarte aux fraises, du lait, de la morue, de la dinde, du café, etc., s’intercale le conseil avisé de Valério Galasso, nutritionniste.
Extrait : « Si nous respections plus scrupuleusement la saisonnalité des aliments, nous pourrions créer un modèle agricole plus efficace et aussi plus respectueux de l’environnement. En outre, nous ne stresserions pas la terre agricole, comme le font les cultures intensives, et les aliments auraient des qualités de minéraux et de vitamines appropriées » écrit Valerio Galasso.
En écho à chaque récit, il poursuit : « Un autre aspect important du respect de la saisonnalité est qu’un fruit ou un légume consommé pendant « sa » saison a davantage de goût et offre son maximum en terme de qualités nutritionnelles. Malheureusement, nous nous sommes habitués à trouver des tomates au supermarché toute l’année, et nous en mangeons donc toute l’année. (…)
Des aliments que nous trouvons toute l’année au supermarché viennent de cultures sous serre ou de l’autre bout de la planète, ils ont très probablement subi des traitements chimiques comme l’exposition à des antimicrobiens. Imagine le résultat, Erri, si tu consommais pendant dix mois de l’année le même légume ou le même fruit, avec le même produit chimique sur sa peau. Je profite de l’occasion pour rappeler que la partie extérieure des fruits et des légumes n’est pas une couche imperméable qui, une fois retirée, élimine, emporte avec elle toutes les saletés avec lesquelles elle est en contact. C’est au contraire une couche perméable qui communique avec l’intérieur du fruit, auquel elle transmet une partie de ses substances chimiques. Notre corps finira lentement par s’intoxiquer si nous ne lui donnons pas le temps de travailler et d’expulser les substances polluantes présentes sur les fruits et les légumes. Donc, alternons. Varions. Respectons la saisonnalité. Si la nature nous a fourni certaines plantes et certains aliments à des moments précis de l’année, il doit bien y avoir une raison. »
Plus que jamais « Respectons la saisonnalité ! » Car note-t-il « la qualité des viandes, des légumes, des produits de boulangerie est en train de baisser de façon vertigineuse. «
Bien sûr, toute allusion ici avec l’action menée au ministère de l’Agriculture à Paris, ce mercredi 14 janvier, par les agriculteurs de la Confédération paysanne pour manifester leur colère face à leur situation économique, l’accord du MERCOSUR, la gestion de la crise sanitaire de la Dermatose, et le poids des normes qui pèse sur leur profession, serait purement fortuite. Quoi que…
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour d’ Erri De Luca, ainsi que du Mercosur, de la dermatose, du Versant animal & végétal et du Chaos climatique.
