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Similitudes. N°732

Écrit par sur 20 avril 2016

ndrennesAh! ce mépris pour la démocratie, « que l’on retrouve depuis la droite jusqu’à l’extrême gauche, disons depuis Finkielkraut jusqu’à (la revue) Tiqqun », fait observer Jacques Rancière (Démocratie, dans quel état ? Edition La Fabrique) repose sur une confusion.

La démocratie n’est pas réductible « à une forme de gouvernement ou à un mode de vie sociale ». Elle repose sur « le pouvoir de ceux qui n’ont aucun titre à exercer le pouvoir », sur la capacité de n’importe qui à s’occuper des affaires de la cité.

Et c’est bien à mon sens ce qui caractérise la mobilisation de courageux citoyens qui passent la Nuit Debout. Comme en témoigne le reportage de Diane, Joachim et Dorian, réalisé au soir du 40 Mars.

D’autre part, dans un livre ancien intitulé La Nuit des Prolétaires, Jacques Rancière montrait comment des ouvriers et des artisans ont su poser, dans une sorte de rêve éveillé, les bases de l’émancipation ouvrière en s’appropriant le temps nocturne, habituellement dédié à la restauration de la force de travail.

En historien des années 1830 où le mouvement ouvrier est encore balbutiant, Rancière y raconte comment, dans le silence des mansardes et à la lueur des veilleuses, s’ébauche le projet égalitaire d’une société dans laquelle le travail ne serait plus cette malédiction imposée par la naissance et l’ordre des choses aux foules silencieuses, naturellement vouées à alimenter de leur sueur le grand organisme social pour la plus grande gloire des biens nés, c’est à dire des propriétaires.

Or ce qui caractérise la Nuit Debout n’est-ce pas cette rupture dans le cours des choses qui commence par l’insomnie volontaire, rupture du métabolisme personnel et défi lancé à l’ordre du temps, qui inaugure la conquête de l’égalité lorsque tout conspire à la mettre en sommeil ? Pour reprendre encore les mots du philosophe de l’émancipation, le luxe du temps nocturne libéré pour explorer l’égalité à venir constitue la condition, non pas matérielle mais physique, de ce qui deviendra au cours des décennies suivantes, le projet du socialisme démocratique.

Alors contre la Nuit Debout apparaît la haine de ceux qui se disent savoir pour les autres. Au motif que le nouvel académicien Alain Finkielkraut aurait été maltraité -sans bousculades ni menaces faut-il le préciser-, par “quelques dizaines de béotiens excités“ (édito de Libé), l’autre soir, lors de son passage place de la République. Eh bien, cette réaction virulente de ceux qui occupent l’arrogante scène de « ceux qui savent penser » contre la « capacité de n’importe qui de s’occuper des choses publiques » -y compris contre le désir de reprendre possession d’un espace public dont les citoyens avaient été exclus, de réoccuper les rues qui leur avaient auparavant appartenu, valeur anti-bourgeoise par excellence- n’est pas sans rappeler ce que décrit Rancière dans son ouvrage « La Haine de la démocratie ».

Pour l’écouter c’est ici.

Hum! Voilà bien des similitudes historiques… dans ce « montage de mots et d’images propre à reconfigurer le territoire du visible, du pensable et du possible ». Dont est porteuse la fraîcheur poétique de la jeunesse très présente en ces dits avec mépris « espaces urbains ».

D.D


Les opinions du lecteur
  1. Françoise   Sur   21 avril 2016 à 7 h 40 min

    Oui et Rancière dit aussi dans Figures de l’histoire :
    « L’histoire est le temps où ceux qui n’ont pas le droit d’occuper la même place peuvent occuper la même image : le temps de l’existence matérielle de cette lumière commune dont parle Héraclite, de ce soleil juge auquel on ne peut échapper… Il s’agit d’un certain partage de la lumière. »
    Et lorsque le partage de la lumière devient de plus en plus difficile, il s’agit de tenter de partager aussi l’absence de lumière…Pas étonnant que les nictalopes (mais non, c’est pas un gros mot) debout aient rejeté ce voyeur de Finkielkraut qui venait faire son safari nocturne place de la République…

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