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Sophie Lucas, lecture en soutien à Erri de Luca. N°702

Écrit par sur 29 septembre 2015

sophie-g.lucasLoin du bocal intellectuel national qui patauge, et qui patauge, et qui banalise l’abject. Parlons d’Europe ! D’Europe en ce qu’elle a d’universel. De poétique aussi. Ouf! Respirons peu.

Belle occasion pour revenir sur l’affaire du romancier, traducteur et poète Erri de Luca, l’un des plus grands écrivains contemporains. Qui est poursuivi pour une déclaration qui porterait préjudice à une ligne de train déclarée « œuvre stratégique nationale ». Le procureur du parquet de Turin a requis contre lui huit mois de prison ferme lundi 21 septembre.

Rappel des faits : il est poursuivi pour incitation au sabotage, après avoir formulé une phrase : « La TAV doit être sabotée », TAV signifiant Train à Grande Vitesse en italien. Publiée dans le cadre d’un entretien accordé au site Le Huffington Post. Au vu de la loi italienne une telle phrase est passible d’une à cinq années d’emprisonnement ferme. Erri de Luca l’explique en détails dans son pamphlet La parole contraire (Gallimard, 2015).

Si on pousse cette logique, Rouget de Lisle serait condamné à perpète pour La Marseillaise. Avec « Aux armes citoyens ! » appris dans toutes les écoles, ou scandé dans tant de stades chauffés à blanc, etc. Car n’est-ce pas un hymne qui « incite »,  là pour le coup carrément, à tout usage guerrier que l’on peut faire d’elle ?

Et puis, la justice italienne semble penser que le mot « sabotage » signifierait uniquement « détruire ». Or, « saboter » signifie à la fois tout un tas de trucs : empêcher un projet, désorganiser, compromettre une entreprise, mal faire une tâche, désobéir à sa hiérarchie… Même par souci de sonorité, ce qui n’a rien d’anodin, faire du bruit (voir chronique).

« Saboter pour moi signifie agir collectivement pour une cause juste »
écrit Luca dans son livre. « C’est un mot qui n’est pas forcément synonyme de dégradation matérielle: saboter, ce peut être faire grève, faire obstruction, mal appliquer un ordre. C’est une formule de résistance civile, qui en appelle à la fraternité. » (entretien à Lire).

Et puis, si on pousse plus loin encore cette logique, le point positif du profil criminel brossé par le réquisitoire à l’encontre de l’écrivain par ailleurs alpiniste à haut niveau, c’est que le vrai « sabotage » contre ce projet aura été finalement occasionné par la société basée sur le territoire français, TELT (Tunnel Euralpin Lyon-Turin).

2005-erri-de-luca-trial_0 Car la conséquence de ce procès est d’avoir fait connaître à plus grande échelle le mouvement de contestation « No TAV » (Non au TGV). Beau sabotage ! Compte tenu du vacarme occasionné depuis que cette société franco-italienne a décidé de porter plainte en Italie (pour de meilleures dispositions à gagner ce procès qu’en France) contre un auteur connu. Pour un motif plus que tiré par les cheveux. Gageons que les vrais auteurs de ce « sabotage » ne seront jamais jugés.

Le projet de train à grande vitesse Lyon-Turin consiste à creuser un tunnel d’une cinquantaine de kilomètres sous les Alpes, et les conséquences seront irréversibles et catastrophiques. De l’amiante et de l’uranium pollueraient de toute la vallée de Suse jusqu’à la banlieue de Turin, les excavations entraîneraient des problèmes hydrauliques, les populations et les employés du chantier pourraient tomber gravement malades du fait de la pollution soudaine de l’air, sans parler des nuisances acoustiques. Il faudrait plusieurs années pour amortir les dettes dues au financement (coût évalué : 26 milliards d’euros) de ce projet de ligne, alors que la ligne actuelle n’est pas exploitée au maximum de ses capacités.

Evoquant la journée d’audience du 21 septembre, Erri de Luca réaffirme sa volonté de ne pas faire appel de la décision de justice à venir : “Pour la quatrième fois cette année, j’étais dans une salle où mes paroles étaient le chef d’accusation, j’étais là pour les défendre et les redire. Elles, mes paroles, sont à l’abri des condamnations, des détentions. Elles sont un peu partout sur des étagères, elles sont prononcées en plein air par des centaines de rendez-vous où les lecteurs décident de témoigner leur soutien en les lisant à voix haute, en y mettant leur souffle et leurs pulsations. Si une condamnation pénale doit peser sur elles, je m’en charge moi qui suis leur porteur. Elles, mes paroles, restent et resteront libres de circuler.”

Et conclut sa déclaration en opposant une nouvelle fois son droit à la liberté d’expression. “Je ne fais pas de pronostics. Quel qu’il soit, en ce qui me concerne ce sera le mot fin de cette dispute entre l’État et un de ses citoyens sur le droit d’utilisation de la parole contraire.” . La décision a été mise en délibéré au 19 octobre. .
Dans La parole contraire, il conclut par ces mots  : «  Je suis et je resterai, même en cas de condamnation, témoin du sabotage, c’est-à-dire  : d’entrave, d’obstacle, d’empêchement de la liberté de parole contraire  ».

Un peu partout en Europe des groupes de lecteurs se sont mis à lire des extraits de La parole contraire. Parmi ceux-ci, la poétesse Sophie Lucas. Qui, entre autres, lors du festival des Polyphonies 2015 organisé par la Maison de la Poésie de Rennes, en a lu un court extrait. Une lecture à laquelle elle ajouta celle de ses propres poèmes tirés de sa présence lors d’audiences et à l’écoute de réquisitions diverses.

A écouter ici :

 

D.D

Sur le même sujet:
Sylvie Ollitrault, « La désobéissance civile est une forme de radicalité ».


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