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A Bure, »C’est pas fini ! » N°995

Écrit par sur 2 juin 2021

Grossièrement parlant, il faut montrer du doigt ce que les autorités veulent soigneusement cacher quand ça nous concerne tous. Et pointer ainsi l’étonnant résultat de plus de 50 ans de recherche autour du retraitement promis juré des déchets nucléaires. Un fiasco ! Qui aurait dû se matérialiser ni vu ni connu par le projet d’enfouissement des déchets radio-actifs à Bure, en région Grand Est.

A propos duquel se tient jusqu’à ce jeudi le procès à Bar-le-Duc (Meuse/Haute-Marnede sept opposants au projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo). Quatre hommes et trois femmes âgés de 28 à 48 ans, jugés pour « association de malfaiteurs « , détention de « substances ou produits incendiaires  » et « violences « . Plus précisément, ils sont poursuivis pour avoir participé au grand air, en août 2017, à une manifestation non déclarée autour du village de Bure (83 hab. au recensement de 2018)Il s’ensuit qu’ils encourent une peine de dix ans de prison.

Ceci sur la base d’un dossier «presque vide». Va comprendre. Après plus de 3 ans d’écoutes téléphoniques quasi permanentes, de géolocalisation à répétition, de surveillance physique et de perquisition. A telle enseigne que la défense dénonce ce procès qui « n’a rien d’une procédure judiciaire pénale classique. Le procès est purement politique. » Il «vise à criminaliser des actions et des mouvements politiques opposés au nucléaire ».

Pour ce faire à Bure, à la limite des départements de la Meuse et de la Haute-Marne, des moyens hors normes ont été déployés : des dizaines de personnes mises sur écoute, plus de 85 000 conversations ou messages interceptés, des balises posées sous les véhicules, des perquisitions, des fichages génétiques massifs. Là où est en train d’être creusée la plus grande poubelle nucléaire du monde.

Qui consiste en un chantier qui s’étendrait sur 270 kilomètres de galeries souterraines, avec une emprise gigantesque de 15 km2. Enterrées à 500 mètres de profondeur – dans de l’argilite, mélange d’argile et de quartz – des milliers de tonnes de déchets très hautement radioactifs y mettront plus de cent mille ans à devenir inoffensifs.

Si maintenant l’on considère que ce projet n’est toujours pas déclaré d’utilité publique, il apparaît de prime abord qu’il y a une étrange myopie ! Car la demande de DUP du projet Cigéo, actuellement en cours d’instruction, fait en effet l’objet d’une nouvelle enquête publique, courant 2021. En janvier dernier, l’Autorité environnementale a publié un avis cinglant sur le dossier de demande de déclaration d’utilité publique. Informations manquantes, absence de démonstration de la possibilité de récupérer les déchets, risques de contamination des eaux, impacts sur la biodiversité minimisés… Pas moins !

Lire ici la tribune du collectif d’opposants.

Dans le viseur : la lutte anti-nucléaire. On peut comprendre pourquoi… Avec en début de processus les mines d’uranium, au milieu un risque d’accident nucléaire majeur – auquel les populations locales sont censées se préparer en se munissant sagement de leurs pilules d’iode et en s’informant sur le « post-accident nucléaire » -, et à la fin la production de matières radioactives qui resteront dangereuses sur des durées dépassant le temps des civilisations humaines !

L’entrelacement des divers facteurs et des diverses fonctions se complexifie de plus en plus. Ce qui cloche en plus c’est que les centrales nucléaires du pays sont en fin de vie, et qu’elles libéreront des quantités gigantesques de substances radio-actives à gérer. Rappelons que la France est la deuxième puissance nucléaire au monde, après les États-Unis. Mais avec ses 58 réacteurs et ses 1.100 sites renfermant des déchets, c’est le pays le plus nucléarisé au monde par rapport au nombre d’habitants. Et les trois quarts de sa production d’électricité proviennent du nucléaire.

Dans ce domaine où la sérénité n’est pas un acquis, le secret est bien gardé et son dévoilement n’en est que plus difficile. Il reste néanmoins au plus haut niveau, quelques exceptions qui échappent à la dissimulation.

Il me revient ainsi à l’esprit d’avoir appris que le problème était loin d’être résolu, si tant est qu’il soit même posé. Il y a tout juste dix ans, dans le cadre du colloque des «Hautes études du Développement Durable » qui se tenait à Rennes dans l’amphi de la Bibliothèque départementale, l’ancien député PS d’Ille-et-Vilaine et de notre circonscription, Philippe Tourtelier, alors Vice-président de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire à l’Assemblée Nationale, était intervenu sur la question de la mesure et de la démesure. Et témoignait entre autres sur la démesure à propos des déchets nucléaires.

Ce dont il témoignait était sans ambiguïté sur le fonctionnement de sa commission: « c’est du tout et du n’importe quoi dans ce que nous en disent les experts ! » Ainsi à propos de déchets nucléaires, l’une de leurs seules idées, nous disait-il, est de les enfouir pour 25 000 ans en y apposant l’étiquette « danger radio-activité ». Alors que, ajoutait-il, nous ne sommes pas même capables de décoder les grottes de Lascaux qui remontent à 17 000 ans, la question qui mobilisait ces experts portait sur la forme des pictogrammes qui serait la plus compréhensible à décrypter pour les générations présentes dans 25 000 ans ! Afin qu’elles puissent comprendre le « legs » que notre génération leur aura fait.

C’est pas fini. On vient à peine de commencer. C’est pas fini. On peut encore se retourner. Où s’est on ramassé. Je me rappelle plus. Ce qu’à bien pu clocher.

Miossec, auteur-compositeur-interprète, parolier – album « Ici-bas, ici-même. »

D.D


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