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« Chants d’Oiseaux ». N°994

Écrit par sur 26 mai 2021

Ces signaux nous sont familiers mais à qui s’adressent-ils au juste ? Entendez-moi bien, je parle de tous ces chants d’oiseaux auxquels je ne peux pas mettre de nom, qui parfois sortent à pleines gorges depuis les arbres alentours. Venant de brillants concertistes à ailes et becs réunis dans leurs feuillages pour des partitions polyphoniques à rallonges.

Pinsons des arbres et mésanges charbonnières chantent-ils en chœur ? Le rouge-gorge, à l’inverse, attend-il le silence pour entamer son chant ? Et gais rossignols et merles moqueurs sont-ils tous en fête ?

Mais à qui s’adressent-ils ? A leurs congénères ? On s’en doute. Mais alors à chanter si fort, ceux-ci sont-ils sourds à ce point, ou pour le moins malentendants, voire alors très éloignés ?

Comme parfois ces sons nous sont si proches telles de « petites symphonies », nous ne seraient-ils pas destinés, à nous aussi, les humains ? Qui peuvent leur paraître, vus d’altitude, de drôles d’oiseaux sourds de la feuille, quoique saccageurs de biosphère et donneurs de leçons à la terre entière jusqu’à la mener vers ce bordel cataclysmique. J’émets du sol cette hypothèse. Sans nier leur faculté à apprécier avec lucidité notre aisance aérienne à voler, chanter, parader ou se gonfler les plumes.

Entendez-moi bien, je parle lecture faite… du livre de Vinciane Despret, Habiter en oiseaux, sur les brassages sonores en écoutant le chant du merle – lire ici.

Dans son livre, elle en perce le secret. Les oiseaux dit-elle « savent que chanter fait territoire et qu’un territoire fait chanter (…) Faire un territoire, c’est créer des modes d’attention, c’est plus précisément instaurer de nouveaux régimes d’attention. (…) les oiseaux font attention les uns aux autres. Bref, s’arrêter, écouter, écouter encore: ici, maintenant, se passe et se crée quelque chose d’important. »

A l’appel de ces oiseaux compositeurs de « territoires de chant », « – le territoire est « une place composée d’une part, d’un ou deux points d’attention – le nid et le poste de chant – et, d’autre part, d’une périphérie », pourquoi donc restons-nous si peu attentifs « à l’invraisemblable diversité des manières d’être » ? Sachant que, comme le dit Baptiste Morizot dans la postface de ce livre : « le comportement le plus stéréotypé, le chant le plus fruste, est déjà toujours plus compliqué à interpréter que nous en sommes capables » .

Entendez-moi bien, approcher le paysage par le dépaysement à portée d’oreilles, en posant les deux mains bien à plat au bord des pavillons d’oreilles afin qu’elles reprennent conscience, « c’est ne pas oublier non plus que ces chants sont en train de disparaître, mais qu’ils disparaîtront d’autant plus si on n’y prête pas attention ».

Et pour se faire l’oreille aux partitions des concertistes à plumes, voire se sentir pousser des ailes qui sait, un jour, de convoquer pour cela « des siffleurs d’oiseaux ». C’est ce que propose le festival Extension sauvage dans sa prochaine édition. Les chants d’oiseaux produits par Jean Boucault et Johnny Rasse, se présentent comme capables de nous relier à d’autres mondes négligés par notre culture, qui pourraient la surprendre, l’ébranler. Pas moins.

« Les Chanteurs d’oiseaux – Le Jardin aux oiseaux – le dimanche 4 juillet 2021 à 17h30, en la Forêt de Villecartier (Bazouges-la-Pérouse)… « pour des concerts dans la langue universelle des oiseaux. » (présentation).

D.D

crédit photo ci-dessus: Lieux-dits.eu

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de la forêt de Villecartier. Ainsi qu’autour du Versant animal & végétal.


Les opinions du lecteur
  1. FRANÇOISE   Sur   26 mai 2021 à 21 h 14 min

    Il y a déjà quelques années, il s’est produit une éclipse totale de soleil, en plein été : d’un seul coup le ciel s’est obscurci, et un étrange silence s’est installé, générant une inquiétude, une angoisse, que l’on analyse mal jusqu’au moment où on en réalise la cause : les oiseaux se sont tus !… Alors, dans ces moments on retient sa respiration, on rentre les épaules en se disant que quelque chose de terrible peut arriver…ou…arrivera un jour…
    Et puis, aussi soudainement, le « vacarme » des chants d’oiseaux a repris…libérant un immense soupir de soulagement et une joie enfantine…
    Au printemps 2019, certains l’auront perçu, nous avons frôlé la catastrophe que nous redoutons tant: Alors qu’on recommençait à retravailler dans les jardins, le silence était…assourdissant…Ce silence là n’est pas supportable. Et la même angoisse nous taraude…
    Sans ces chants, nous sommes nus, nous n’existons plus vraiment…le sentiment d’une perte immense s’insinue, un deuil…
    Et puis, « nos » vaillants passereaux ont repris du poil de la bête…par quel miracle de couvées démultipliées ont-ils vaincu les poisons agricoles ?
    Et pour combien de temps encore ?

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