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Beaux gestes mineurs. N°985

Écrit par sur 24 mars 2021

Après l’émondage, la coupe de petit bois au hachot, qui nécessite pour le moins une bonne attention visuelle, pour l’heure voilà où j’en suis. Mais si j’en fais part ici c’est parce que le son et le rythme de mes douces frappes sur le billot m’amènent à faire réapparaître ce qui en moi assure une continuité, à faire ressortir de quelques interstices de la mémoire une inspiration bien étrange.

 

 

C’est en retrouvant l’outil de mon grand-père que les gestes de taille sèche ou en biseau me sont revenus sans attendre. Appris avec plaisir auprès de lui dans mon enfance, ils restaient en moi oubliés, mais rangés à mon insu sachant eux qu’ils ne me lâcheront plus. Dans le jeu de l’espace-temps, se réservant ils se tenaient près pour une répétition générale. Sans qu’il me soit demandé de me remémorer l’ancien temps. Si bien que c’est se moquer de soi que d’étouffer derrière nos masques fermés de visages d’adultes oublieux du corps ce que nous avons jeune respiré à plein poumon en plein exercice oeuvrant et de partage sensible.

Et j’avoue ressentir en ré-éprouvant ce travail qu’il est aussi autre chose que la simple utilité. Aisance, rythme et précision de la coupe font du tranchant de la taille au hachot (prononcer: hachotte, contraction entre hachot et hachette) plus que l’aboutissement séparant deux tas, le petit bois d’un côté, le fagot de l’autre. Dans ce flot d’expérience réapparu intact, prenant ainsi soin d’eux, l’impression venue est de faire corps avec les arbres. De correspondre on ne peut mieux avec eux.

Et plus encore. Puisque reprenant à la lettre ce qu’évoquait le vieux philosophe Marcel Conche dans son livre La Nature et nous (pg 69): « Plus je vais plus je suis sensible à la beauté des choses. Ce qui jusque-là faisait obstacle est que la perception de l’utilité des choses m’empêchait de saisir leur beauté. Par exemple lorsqu’on fanait le pré, je ne voyais pas la beauté du geste du faneur, pas plus que celle de celui qui moissonne à la faucille. La perception du geste du travail empêche de le voir par lui-même. Ce qui est travail vise l’utilité et l’idée de l’utile contrarie l’idée de beauté. Pour savoir la beauté d’une chose, il faut la voir en elle-même et non à quoi elle sert. »

Ce qui me donne l’idée, goûtant les menus plaisirs des tâches d’entretien des talus, en évitant autant qu’il me soit possible le bruit effrayant de la tronçonneuse, que ces beaux gestes mineurs bien donnés, calibrés en force, rythmés, ont en moi plus de sens que d’en extraire la partie branchage de ces arbres en espérant que celle-ci restera fonctionnelle. De ces arbres de toutes les tailles et de toutes lignées, à qui nous devons aussi nos conditions d’habitabilité sur terre.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de l’ habiter. Ainsi qu’autour de Marcel Conche.

 

 

 


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