870x489_manifestations-en-faveur-du-climat-marseille_0En 2016 et 2017, BNP Paribas, le Crédit agricole, la Société générale, BPCE, La Banque postale et le Crédit Mutuel-CIC ont consacré 43 milliards d’euros de financements aux énergies fossiles, soit 71 % du total, contre 12 milliards d’euros aux énergies renouvelables (20 %), sous la forme de prêts et d’émissions d’actions et d’obligations, selon l’étude d’Oxfam. Si bien que « Les banques françaises financent de plus en plus les énergies fossiles au détriment des renouvelables. » A lire ici & .

« Pour 1 euro accordé sur les marchés financiers en faveur des énergies renouvelables, les banques françaises accordent plus de 8 euros aux énergies fossiles », alerte le rapport.

Comme si de rien n’était… les 6 banques françaises les plus importantes ont ainsi réduit depuis la COP21 leur financement aux énergies renouvelables au profit des énergies fossiles.

Alors qu’il y a urgence : l’utilisation des énergies fossiles, qui sont responsables de 80 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2), est la première cause du changement climatique.

Qu’un tel financement puisse se faire sans l’aval et l’accord du pouvoir en place, impossible! Pourtant cela concerne l’intérêt général. N’est-ce pas d’ailleurs à ce titre qu’elles ont été renflouées en 2008?

Conséquences: pour ne pas avoir régulé banques et secteur privé, le pouvoir a laissé grimper les émissions à effet de serre. Car «chaque tonne de CO2 non émise compte», disent les scientifiques.

Considérons à présent l’hypothèse qui suit. Voici donc réunies deux formes de mobilisations, de deux pôles apparemment diamétralement opposés. L’un, celui des banquiers avec le soutien gouvernemental et des actionnaires petits et grands; l’autre, celui des « Gilets jaunes » (terme qui ne relève que du mépris) qui vivent dans les petites villes, les villes moyennes et les espaces ruraux (comme nous), tous ces territoires où les commerces et services publics ont « dégagé » pour raison de normalisation néo libérale. Mais voilà, l’un et l’autre se rejoignent finalement dans le même sens. Pour reprendre l’expression de Castoriadis « Tout respire ensemble! »

Pas de doute, l’action uniformisée desdits « Gilets jaunes » peut être associée à un sentiment existentiel d’être jeté; s’y exprime la solitude existentielle éprouvée dans un monde indifférent et hostile et par là même l’expérience de l’aliénation la plus extrême (tout est mort, noir et vide, en moi et autour de moi). Pour autant, le silence de ces énergies – qui se sentent à juste titre oubliées, méprisées, sinon assignées à la relégation- mobilisées sur les ronds-points est terrible au regard de l’état du monde. Rien ne relie à l’universel ces uniformes jaunes normatifs focalisés sur la possibilité ou pas d’être dans le flux… des banques.

Bien qu’apparemment opposés – l’un bénéficiant de la baisse des impôts, les super-riches; l’autre, subissant l’aggravation de la taxation, les plus modestes- ces deux pôles se présentent comme des forces animées d’un désir d’évitement de l’état réel du monde.

Misant sur la stabilité du régime d’accroissement capitaliste, ces placements bancaires, mouvements et humeurs – imprévisibles, surprenants, voire fatidiques et prédéterminés- conditionneront désormais, je le crains, notre rapport au monde et notre façon de vivre. Que la résonance médiatique et politique accordée au mouvement desdits « Gilets jaunes » d’ampleur encore relativement modeste comparée aux mobilisations régulièrement observées lors des différents conflits sociaux, parvient à s’imposer comme un phénomène politique important ne rejoint-il pas parfaitement les orientations observées dans le secteur bancaire ?

Ce que ces deux pôles révèlent en ces jours-ci à l’égard de l’état réel du monde – comme l’indique le rapport du GIEC, chaque demi-degré importe-, ressemble à un processus de dénégation catastrophique. Alors que nous avons tous à sauver la peau de la planète, il pourrait bien représenter à cet égard un tournant décisif.

D.D

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ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour du Chaos climatique.