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Enquête sur bol d’air breton à l’ammoniac. N°997

Écrit par sur 16 juin 2021

Suite au courrier, la préfecture nous a appelés un dimanche en nous demandant : mais où est-ce que vous avez eu ces chiffres ? »

Splann! 

Dans sa première livraison où elle propose une enquête fouillée sur la pollution de l’air à l’ammoniac en Bretagne, la jeune ONG d’investigation contre l’emprise de l’agro-industrie sur le territoire breton, hisse haut le pavillon. En l’occurence en frappant un grand coup dans le Landerneau de l’information !

Chose promise chose due, Splann! réalise là ce qu’elle projetait de faire. Qui a été fait, et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! On salue. Comme on pouvait s’y attendre, laquelle développe l’esprit maison « Qualité, fiabilité et indépendance », maîtres mots des jeunes journalistes, des pigistes qui l’ont initié et la composent. Conscients qu’ils se heurteront pour leurs enquêtes à du lourd.… qui, quand ça le crispe, croit se moquer de la liberté de la presse indépendante comme de sa première culotte. 

La création de cette plateforme d’information sur internet fait suite à l’appel au financement participatif lancé par sa jeune structure d’information basée à Guingamp, Splann! (« clair », en breton), lanceur d’enquêtes en Bretagne. Cet appel a été suivi par des milliers de contributeurs qui se sont engagés à partager ainsi cette aventure commune d’utilité publique. Un signe d’une préoccupation « essentielle » : l’air que l’on respire comme l’eau qui nous fait vivre !

Pour se mettre au parfum, reprenons ici ce qu’en dit le CNRS: « L’ammoniac atmosphérique est un composé très important puisqu’il se dégrade en particules fines sous forme de sels d’ammonium, altérant la qualité de l’air que nous respirons. Or, les processus régulant les concentrations de ce gaz dans l’atmosphère sont très mal connus, particulièrement à l’échelle locale. » 

En localisant les sources d’émission de NH3, Splann! invite les  » citoyennes et citoyens de se saisir de ces informations d’intérêt public pour demander des comptes à leurs représentant·es élu·es. » Tant qu’il est encore temps ! Pas sûr qu’il le soit, la Bretagne est l’une des régions les plus industrialisées au monde, au plan agroalimentaire. Dont les pratiques et leurs prolongements se veulent intouchables, un qualificatif à prendre au pied de la lettre. Car l’affront publié, geste blasphématoire, ne restera sans réponse. S’actionnera n’en doutons pas, disons comme à l’ordinaire, la touche greenwashing et journalisme de connivence. Et quelques va-et-vient tout sauf par hasard, si l’on peut dire – comme les deux investigatrices Morgan Large et Inès Léraud nous en montrent les effets.

Car l’agro-business a de très lourds intérêts à étouffer toute information allant contre son emprise. La région d’un naturel aéré est classée championne de France des «fermes-usines». Dans la démesure aux méfaits connus : remplacement des écosystèmes complexes par des monocultures, déforestation pour accroître les terres arables, contamination durable des sols par les pesticides et intrants, perte de qualité nutritive des aliments, dépendance aux hydrocarbures, contribution significative au réchauffement climatique.

Le tout culminant avec sa contribution au dumping agricole. Quoique pas vraiment catholique au sens où on l’entend de ces contrées. Comme nous l’explique Jean Ziegler « Les surplus des pays de l’union européenne sont déversés sur les marchés africains à de prix totalement imbattables. (…) Une pratique commerciale dévastatrice ». – lire ici.

Pas trop de souci, on en apprend beaucoup. Pioché dans les entrailles de « l’intouchable », ça percute. Deci delà, ça va faire du bruit dans le Landerneau-ci : on imagine des téléphones dépités vibrer côté bulle immobilière. Pour peu que l’enquête par ce qu’elle révèle cause le capotage de la sacro-sainte image jamais démentie de la Bretagne où l’on respire l’air du grand large.

Cette image increvable qui cultive l’irréversibilité du temps, passera moins pour exacte. Suite à l’enquête, elle fait un bond dans le temps. A l’évidence plus raccord avec le quotidien des paysages de l’agro-alimentaires qu’à la mise en image de la liturgie communicationnelle. Dans les faits, elle atteste qu’à présent la région est devenue la « première région émettrice » de ce gaz en raison de sa concentration « exceptionnelle » d’élevages intensifs. » Et dont les émissions provenant de ces sources connues sont très largement sous-estimées.

Enquête Splann ! « Bretagne : bol d’air à l’ammoniac« , à lire ici.

Qu’est-ce que je comprends/ exactement/ aux nuages ?/ Promènent leurs ombres/ bleues fuyantes/ sur les paysages/ de l’agro-alimentaire. »

Paol Keineg, poète – « Les trucs sont démolis. » p273.

Interrogée il y a quelques mois sur les projets d’unités de méthanisation, Marie-Pascale Deleume, présidente de la Fédération bretonne Nature et Environnement, – qui intervient dans l’enquête de Splann!– avait évoqué à notre micro, cette pollution à l’ammoniac. Alertant sur l’aggravation prévisible des émissions de ce gaz causée par le développement hors de contrôle de la méthanisation industrielle. A ré-écouter ci-dessous.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de la méthanisation. Ainsi que sur la précarité alimentaire.


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