dosse castoRadio Univers propose de revisiter ses entretiens-radio qui n’ont rien perdu de leur actualité.

Ce jour, entretien de 2014 avec l’historien François Dosse, auteur d’une biographie importante sur le philosophe Cornélius Castoriadis. Décédé en 1997, le penseur français d’origine grecque, résistant à l’occupation nazie en Grèce et arrivé en France en 1945, a développé une pensée qui s’est voulue tout à la fois philosophique, anthropologique et politique. En éclairant son cheminement intellectuel et l’élaboration de ses notions-clés – comme l’imaginaire instituant, l’autonomie ou la création sociale-historique- la riche biographie de François Dosse « Castoriadis, une vie. », invite à mesurer la pertinence de ses concepts, et leur influence.

A écouter ici.

Resté toujours aux marges des partis et des institutions universitaires – et non reconnu de celles-ci encore aujourd’hui-, Cornélius Castoriadis, « homme de la transversalité » qui selon l’historien des idées « va loin dans la recherche de l’articulation entre l’individuel et le collectif », fut pourtant une figure centrale de la vie intellectuelle française dès les années 50. Et si son œuvre, jugée inclassable, impose aujourd’hui son actualité saisissante, c’est qu’elle permet précisément de “retrouver les voies d’une société plus conviviale, fondée sur l’intensité du lien social et non sur la maximisation du profit”.

Capture d’écran 2017-02-25 à 23.45.48S’il s’en prendra à l’appauvrissement de l’imaginaire social, à la démesure 
du capitalisme et au refoulement de la quête d’autonomie opéré au profit de la privatisation des individus « dans une société des lobbies et des hobbies », et qu’il dénoncera « le pouvoir de la techno-science contemporaine, impouvoir caractérisé par son irresponsabilité », il s’intéresse alors, de manière visionnaire, à l’impératif écologique. Il en appelle à un mode de vie plus frugal, plus approprié au respect de notre environnement, plus approprié aux limites de nos ressources.

Si pour lui, il y a toujours du possible à la condition de « réveiller ses contemporains de leur sommeil politique », selon son biographe « pour rouvrir les possibles de notre imaginaire social, l’œuvre de Castoriadis est une ressource précieuse ».

Et pour nous il y eut cette rencontre avec François Dosse relatée en cette Chronique-ci, moment marqué en ce qui nous concerne d’une « pierre blanche « .

« Pierre blanche  » parce qu’ici-même – entre autres- sa voix rentre en résonance, en belles connexions, en échanges étirés, avec par exemple celles de Serge Latouche – auteur lui-même d’un petit fascicule sur celui-là qu’il estime être l’un des précurseurs de la décroissance-, ou des Convivialistes, pour ne citer qu’eux. Ou encore avec celle de Gilles Clément – lire à ce titre ce que disait Castoriadis peu avant sa mort : « Nous devrions être les jardiniers de cette planète ».

Belles résonances bien sûr aussi en musique dont il fut grand amateur (lire ici). Ou encore pour ce touche-à-tout génial, la poésie – résonances avec Bernard Noël, par exemple. Comme il l’écrivait dans son maître-livre L’institution imaginaire de la société : « L’homme est un animal inconsciemment philosophique, qui s’est posé les questions de la philosophie dans les faits longtemps avant que la philosophie n’existe comme réflexion explicite; et il est un animal poétique, qui a fourni dans l’imaginaire des réponses à ces questions. » (p 222).

Ainsi, pour prendre un exemple qui, pour être facile, n’en est pas moins décisif: n’est-ce pas ce qu’en témoignent de manière analogue, c’est-à-dire dans les faits, ces tailleurs de pierre de la porte de La Chapelle (lire ici) ?

Ce qui amène à l’actualité. Peut-on se demander ce qu’aurait dit Castoriadis, polémiste redoutable aux « réflexions très aigües » selon Dosse, mais peu lu, avec sa voix lourde de sens – lui qui sa vie durant a eu un seul objectif : aider les êtres humains à devenir les plus autonomes et les plus créateurs possibles- devant l’écroulement politique du moment – induit par ce qu’il nommait « la panne historique« , « les basses eaux« , voire « le règne de l’insignifiance« – où, pour paraphraser ce penseur majeur, c’est devant sa télé que le prétendu citoyen se croit être libre en zappant comme un imbécile ?

De ce point de vue, les passages par Cornelius Castoriadis sont essentiels.

Autre « pierre blanche « . Eh bien, voici 34 ans depuis hier, le 28 février, que nous entretenons en toute liberté notre Jardin… d’ondes ! Un jardin à la « pierre blanche « , disons un « Jardin planétaire » sonore : destiné à protéger le meilleur. Lire ici cette déjà si longue histoire… née faut-il le rappeler, de la libération des ondes suite au 10 mai 1981 et de l’imaginaire – force instituante- que le porta !

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de Castoriadis, et de l’ exil.