Capture d’écran 2018-03-11 à 21.16.59Ce 16 mars, cela fera 40 ans que le pétrolier l’Amoco Cadiz s’échouait et polluait les plages bretonnes, générant une des plus choquantes pollutions du XXe siècle.

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Que ressortent à cette occasion les quelques documents d’archives personnelles qui témoignent de ces ingrédients du capitalisme triomphant ! Qui restent encore prégnants dans nos mémoires. Du coup, ravivons celles-ci !

D’abord par mes propres images d’amateur tournées en Super 8, de la plage souillée de Porspoder avec ces bidasses à cirés jaunes qui tentent de s’essuyer comme ils le peuvent en se roulant dans les herbes.

Puis par ces pages ci-dessous qui datent de 40 ans, de témoignages d’habitantes de Portsall, Mesdames Pellen et Thomas que Claude, notre très cher ami disparu, avait sollicité pour notre petit journal local « L’Harassoire ». Ce n’est donc pas sans émotion que nous pensons à lui, comme à cette Marée noire qui nous avait mis en Colère rouge, pour reprendre le titre du film de René Vauthier.

Enfin, dans un registre différent, par le témoignage personnel que nous a accordé à l’occasion de la sortie de la BD « Bleu pétrole« , Gwénola Morizur, petite-fille d’Alphonse Arzel, maire combattant de Ploudalmézeau (6 306 hab). Car, dès septembre 1978, avec le soutien unanime de la population et des élus de 92 communes du Finistère et des Côtes du Nord (l’ancien nom des Côtes-d’Armor), en figure de proue d’un mouvement et malgré les « réticences » de l’Etat, il s’est attaqué à Chicago à la Standard Oil, le géant mondial du pétrole, maison mère de l’Amoco Cadiz, en l’assignant devant les juridictions fédérales américaines.

A écouter ici.

Penser en terme de justice et de lutte pouvant amener à un jugement reconnaissant l’entière responsabilité du trust pétrolier, n’était pas une mince affaire. Mais, homme de la côte, Alphonse Arzel a le pied malin. Utile quand on est placé en vigilance « Vent violent ». D’autant que l’accusation devait porter sur la pollution de 360 km de côtes, de la baie d’Audierne à celle de Saint-Malo, à l’origine d’une des plus grandes catastrophes écologiques de tous les temps par le déversement de 220 000 tonnes de pétrole brut.

Comment penser alors, les bottes dans le mazout et face à un tombeau d’oiseaux, que de simples petits élus locaux sortis de recoins cachés d’abers, vent debout et à contre-courant, après avoir traversé l’Atlantique pour obtenir justice, les mentons levés et les regards au loin, allaient être en mesure de contrecarrer l’ingrédient du capitalisme triomphant, cet intouchable qui dicte aux Etats sa vision ? Qui exige ainsi en tout point du globe une nature à la fois bon marché, dépréciée et dégradée, en déplaçant une partie de la vie humaine et du travail humain dans le domaine de la nature. C’est-à-dire dans le bon marché, voire le gratuit, comme en parle le chercheur américain Jason W. Moore.

Pas du genre à lâcher la lutte, devant le juge fédéral au tribunal de Chicago, l’obstination des Bretons des côtes rocheuses a donc été de faire valoir le fait que leur vie, leur travail et leur nature avaient un prix. Et c’est ainsi, après 14 ans de combat judiciaire sans jamais détourner leur attention de ce qui était vrai, essentiel, urgent, qu’ils ont imposé pour une « première » judiciaire, le principe pollueur-payeur.

Mais dès l’annonce du jugement, Alphonse Arzel, président pugnace du syndicat mixte des communes bretonnes a estimé que la condamnation était « non satisfaisante, mais sans surprise ». « Notre action allait dans le sens de deux directions » a-t-il ajouté, « faire condamner un pollueur et nous faire indemniser. Nous sommes satisfaits de la condamnation, mais déçus que la juge n’ait pas été plus large dans ses indemnités ».

D.D

ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour du pétrole

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