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« Initium maris, paysages immergés ». N°1085

Écrit par sur 22 février 2023

Pour la toute dernière toile que j’ai vue et appréciée d’un ami artiste-peintre autodidacte qui réalise en de vastes toiles des paysages maritimes, il se donnait entre autres, avec les ciels par exemple, comme exigence de rendre la plus réelle possible l’eau de nos côtes les plus proches, en Bretagne. C’est-à-dire, par exemple, en travaillant sa transparence pour mieux dévoiler la nature des premières profondeurs de zones rocheuses où des formes ou des espèces végétales croissent, se rétractent. Pour ce faire, dans le cas de cette toile, son souci était alors de passer de la lumière vibrante à la surface de l’eau à ce qu’il y a sous la surface, qui est bleu et vert, grisâtre parfois et brun rouillé souvent. En creusant la moindre profondeur de champ. Son exigence est telle qu’il n’est jamais complètement satisfait du rendu – qui tel quel conviendrait à bon nombre de galeristes. Peindre par delà la vague ce qui s’éclaire à la lumière dans les creux immergés des rochers battus par les tempêtes. Quand on est les deux à la fois, peintre et pêcheur, jusqu’où le pinceau du peintre répond-il à l’oeil du pêcheur ?

Car sur les plages et rochers de sa jeunesse malouine, il a dû, pour pêcher, prendre du temps à dénicher les meilleurs postes d’un endroit donné, comme à observer autant d’ornières poissonneuses entre deux longues houles. Ce qui m’amène à penser que ce sont ses images de beaux endroits tirées de souvenirs impérissables qu’il cherche à rendre les plus vrais possibles.

Avec la série de photographies exposées au Gwinzegal de Guingamp, de l’artiste, marin et plongeur, Nicolas Floc’h qui partage la même singularité d’autodidacte, à propos de la couleur c’est tout l’inverse. Parce qu’elles sont en noir et blanc. Et qu’elles se rapportent à des prises de vue de fonds marins qui montrent à la fois l’étrangeté énigmatique de ces milieux ténébreux de tout en bas, et la profusion de la végétation luxuriante des eaux le long des côtes et îles bretonnes. A savoir celles des abords de Ouessant et Molène, du Golfe Morbihan, de Belle Ile-en-mer, des Glénan, de Sein, Groix, Le Guilvinec, Plouescat, Houedic, Bréhat, Lampaul, Aber Benoît, Lanildut, Morgat, Roscoff, Audierne, Camaret, etc. Bref, comme l’annonce le programme de l’expo « il a entrepris le plus grand nombre de prises de vues et de plongées: en apnée ou en plongée bouteille, dans 70 sites de Saint-Nazaire à Saint-Malo. »

La nature s’est tellement emparée des deux, que je note une correspondance entre ce photographe-plongeur qui travaille sans éclairage et l’ami artiste-peintre à la lumière du jour, et les rapproche. Car chez Floc’h aussi tout est parti de sa fréquentation du milieu marin par la pratique de la pêche. « J’ai arrêté l’école vers 17 ans pour devenir marin pêcheur et j’ai embarqué 18 mois sur un navire. En pêchant on remonte des choses du fond. Cela participe à développer un rapport avec ce qu’il y a sous la surface. Et quand je ne pêchais pas, je dessinais. »

Dans la répartition du visible et de l’invisible opérée par l’oeil dans cette histoire de fond marin en mutation constante – pour l’un, vu de la surface par transparence et en pleine lumière; ou pour l’autre d’apparence opposée, vu en plongée dans les ténèbres et à des profondeurs vertigineuses sur « les forêts d’algues, tapis d’anémones, colonies d’étoiles de mer, étendues de laminaires »-, pour l’un comme pour l’autre, au fond des abysses comme sur le littoral, la vision de jeunesse, plus juste, plus riche, plus complète de ce milieu, est présente.

Car l’un et l’autre ont été pris tôt et quotidiennement dans des pratiques d’échange avec la mer. Qui la révèlent telle à leur perception. Il en va de même pour les scientifiques en leur laboratoire. Parce que vis à vis de la mer, leur oeil est relationnel.

En fait, c’est le même oeil pour y plonger son hameçon que pour visiter les failles de la perception qu’on peut avoir au ras des pâquerettes : « La moitié de l’oxygène nécessaire au vivant provient des phytoplanctons et des organismes microscopiques unicellulaires présents dans les océans. L’eau est le mot clé de la vie » rappelle à bon escient le texte de présentation de l’expo « Initium maris, paysages immergés » de Nicolas Floc’h, à la formulation qui répare un oubli : « instruire, initier à ».

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour des scientifiques des grands fonds marins. Ainsi qu’autour du Gwinzegal.

 


Les opinions du lecteur
  1. Françoise   Sur   23 février 2023 à 16 h 59 min

    Autodidacte dis-tu. Tu as raison. Les premières « couleurs » que sa mère lui achète quand il a une douzaine d’années, sont des petits pots de « ripolin » achetés à la droguerie du coin …les pinceaux sont des pinceaux à rechampir en poils de cochon…on est loin des huiles fines et des pinceaux en poil de martre…
    Et puis surtout, oui, aller pêcher sur le môle avec une canne fabriquée en Mécano, relever les lignes de fond sur la grande plage de Saint-Malo avant que la marée ne remonte, avant que le jour se lève…pêche interdite évidemment mais la joie d’y trouver des soles et des carrelets, quelques pieuvres parfois … et même la perception de la vase argileuse qui s’insinue entre les orteils doivent permettre d’engranger un tas de sensations que seuls quelques tubes , en dépit d’un savoir inculqué et souvent asséné « d’en haut », essaieront de traduire…
    La transparence de l’eau et la pleine lumière , pour l’un dis-tu…Tu as raison et c’est toujours ainsi que démarre le tableau…mais souvent , alors que tout est calme et limpide sur la toile, un rocher, une falaise viennent s’y ancrer, amorçant une « plongée dans les ténèbres » , rappelant à notre mémoire un surgissement terrifiant toujours possible du « fond des abysses » … Voir ici.

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