weissEnvers le trouble du temps, ce mouvement invisible qui perturbe en profondeur et en surface nos consciences ainsi que nos actions, il y a désormais un sentiment d’attente résignée, le pire qui soit. Parce que le temps est humain, il a ses humeurs, qui le constituent. A sa façon il joue. Et nos désordres, nos affolements, nos espérances l’animent ou bien, comme en ces temps de crise, le fatiguent, l’exténuent. C’est peut être pour ces raisons que les « financeurs » estimant à leur façon l’air du temps rechignent à placer quelques billes dans la culture qui dérange.

Mais parfois dans ce temps dénué de grâce, dans ce vieux pays de culture qui semble avoir perdu ses oeuvres, son ardeur, son génie – à tel point que nulle part dans cette campagne présidentielle il est question de celle-ci, pas même durant un « Grand débat » de 4h30 avec onze orateurs candidats !-, eh bien, telle une « saxifraga » dans un théâtre de campagne fabriqué sur mesure, une créatrice de compagnie, une troupe de comédiens amateurs et professionnels, un collectif de citoyens, un soutien local courageux, un financement participatif, inaugurent et ré-inventent ce qui questionne la question « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ».

Le Théâtre Berloul de Romillé en produisant cette pièce « L’instruction » de Peter Weiss, en est la parfaite illustration. La pièce sera jouée samedi 8 avril à 20 h 30, et dimanche 9 avril à 15 h, Salle Pré Vert à Romillé (35), ainsi que le jeudi 13 avril à 20 h 30 à la Salle Le Sabot d’Or à Saint-Gilles (35).

dsc_0046_1473695741636Voici ainsi ce jour un reportage de Diane (elle-même comédienne dans « L’instruction ») sur ce théâtre et sur cette pièce particulière. Un reportage qui fait écho à deux de nos chroniques précédentes. Quand l’une parlait de la culture de la Saxifraga Politica, « un symbole fort qui à l’avantage de rassembler, d’orienter et de mobiliser quiconque à pris conscience du monde dans lequel il vit et vers lequel lui et ses descendants sont appelés à vivre. » (à relire ici) ; l’autre, un peu plus ancienne rendait hommage à l’écrivain, critique d’art et poète John Berger (à lire ici).

Brigitte Stanislas, metteuse en scène et fondatrice du Théâtre Berloul nous présente ainsi ce lieu qu’elle a créé, si proche de ce que décrit la philosophe Marie-José Mondzain « cette puissance des faibles, cette énergie transformatrice de l’espace public où chacun peut et doit faire état de sa capacité d’inaugurer et d’inventer. Nous proposons de produire des formes et des idées, des images et des textes, nous proposons de produire des rencontres brèves, graves ou festives dont l’apparente inconsistance dissimule la puissance souterraine et mobilisatrice. La culture des saxifrages est celle de tous les gestes et de tous les signes qui produisent du lien. La force des saxifrages est donc la force de la vie politique elle-même. »

Puis elle nous présente la pièce « L’Instruction » de Peter Weiss qu’elle met en scène. Dont le contenu a une certaine proximité avec ce que développait John Berger dans son court texte « La forme d’une poche« . La pièce de théâtre documentaire de Peter Weiss, écrite à partir d’extraits des procès-verbaux du tribunal de Francfort où furent jugés en 1965 quelques-uns des responsables du camp d’Auschwitz, posant elle ces questions sans cesse renouvelées, celles de la survivance des principes qui conduisent à l’horreur : Jusqu’où va la soumission à l’autorité dans un système donné ? Qu’est ce qui fait agir aussi terriblement sur son semblable ? Que cache « l’amnésie » récurrente face à des actes commis et reconnus ?

Rencontre :

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D.D