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Les « Pfandsammler ». N°637

Écrit par sur 25 juin 2014

Berlin, suite. Dans les rues et les parcs j’y ai vu des collecteurs de bouteilles vides. C’est-à-dire des travailleurs pauvres qui récupèrent les cadavres de bière sur les trottoirs ou échoués près des poubelles. Ou laissés en plan comme l’indique Françoise énumérant les indices de « simulacre » en commentaires de la chronique précédente: « Simulacre de décontraction… »cool » sont ces gens vautrés (trentenaires friqués) sur les pelouses et qui y oublient leurs immondices : boîtes à pizza et bouteilles… ».

Et ça m’a choqué. De voir ces hommes ou femmes parcourant parcs et trottoirs, qui glissent dans leur grand cabas ou sac à dos ce qu’ils trouvent en bouteilles vides qui traînent ici ou là. Ils sont appelés les « Pfandsammler » ou « collecteurs de consignes ».

La raison à cela : depuis le 1er janvier 2003 en Allemagne, la majorité des bouteilles de boissons sont consignées. En rapportant les récipients en magasin, le tarif est de 8 centimes pour une cannette de bière vide, 15 centimes pour une bouteille en plastique réutilisable et 25 pour tout contenant non recyclable.

Même si certains, moins discrets que d’autres, s’équipent d’un caddie en guise de brouette pour charger leurs bouteilles, ça vaut-il la peine de fouiller dans les poubelles, plusieurs heures passées penché dedans l’une après l’autre pour quelques euros ? « Il semble que oui, » dit le sociologue Sebastian Moser, un scientifique engagé depuis 2006 dans l’étude de ce phénomène. Il a présenté une thèse de doctorat à l’Université de Fribourg sur ce sujet (Pfandsammler. Erkundungen einer urbanen Sozialfigur, Hamburger Edition, mars 2014). Pour lui cette nouvelle forme de cueillette concerne divers profils : sans-abris, retraités, immigrés mais aussi employés de l’administration, ouvriers ou encore éboueurs.

Presque aussi important que le « gain financier », l’intérêt qu’ils trouvent est d’y exercer « une activité qui n’est pas sans rappeler un emploi rémunéré», dit Moser. Ceux-ci y voient « la possibilité de participer à la vie sociale ».

Le potentiel de gain pour les collecteurs de bouteilles varient selon le lieu et la saison. En hiver, l’entreprise est plutôt pauvre parce que les gens préfèrent boire à la maison ou dans un pub. Par contre animations estivales telles que des festivals de musique et des festivals de fans, sont une aubaine. Et comme il est permis de griller sa viande un peu partout, même devant le parlement dans le grand parc de Berlin, tous les coins sont bons pour en trouver par terre.

Le ramassage des canettes et des bouteilles vides, n’a cependant pas d’impact détectable sur la performance environnementale des cinq milliards de bouteilles mises en circulation chaque année en Allemagne, mais plutôt sur l’émergence du phénomène de « collecteur de bouteilles ». Les sociologues parlent d’un « phénomène social total ».

Intérêts institutionnels : tout à gagner. Car bien sûr ça contribue à tenir propres les espaces verts et rues allemandes. Et bien sûr ce ramassage est économique. Et bien sûr ce simulacre d’emploi maintient ladite « paix sociale ».

Que l’on voit d’un très bon oeil de réintroduire la consigne, – c’est envisagé en France comme l’indique le texte du plan national de prévention des déchets 2014-2020- pas de problème. Mais ce qui est choquant c’est pour le moins le côté humiliant de l’activité des « Pfandsammler ».

Rappelons que dans ce pays des plus prospères qui donne des leçons à l’Europe entière, les travailleurs pauvres subissent la précarité absolue. Un petit retour par cette chronique-ci m’apparaît bien utile.

D.D


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