Capture d’écran 2018-06-12 à 23.14.13Capture d’écran 2018-06-12 à 19.05.07« Eloge des mauvaises herbes. Ce que nous devons à la #ZAD» tel est le titre d’un livre – paru aux Editions Les liens qui libèrent, 2018- qui vient tout juste d’être mis en rayons. Différents intellectuels et écrivains qui s’engagent dans un soutien aux Zadistes de Notre-Dame-Des-Landes expliquent que la « zone à défendre » est bien plus qu’un bout de bocage. « Dans un monde où tout doit être normé, catalogué, mesuré, homogénéisé, s’y inventent de nouvelles formes de vie et de liberté. C’est une percée de mauvaises herbes dans un paysage artificialisé, calibré, et bétonné. »

Eh bien, à sa lecture il m’est venu l’envie d’adresser un clin d’oeil à Françoise qui, lors d’une chronique précédente, m’avait adressé un commentaire – à lire ici- souhaitant que « les zadistes ne « fonctionneraient » plus comme des zadistes…ça, ça m’irait. » Un clin d’oeil selon deux versions.

La première, selon celle de ce bon monsieur Bruno Latour, philosophe des sciences. Il m’est alors apparut immédiatement comme son interlocuteur idéal puisque dans son chapitre Où la ZAD donne à l’État une bonne leçon, celui-ci voit les zadistes dans le rôle d’instituteurs de l’État.

 » A considérer le tas de cartouches de bombes lacrymogènes et de grenades lâchées ces derniers temps sur la ZAD de Notre Dame des Landes, on ne peut douter qu’il s’agisse d’une violence d’État. Tout pousse à s’indigner contre l’incompréhension des autorités devant l’originalité de la situation et à demander la suspension de ces procédures d’évacuation et de démantèlement. C’est pourtant une autre ligne que je voudrais suivre ici : si l’État est aveugle, c’est aussi à la ZAD et surtout à ceux qui soutiennent les zadistes, d’enseigner à l’État comment il doit désormais se comporter quand la question des terrains de vie ou des territoires en lutte se trouve abordée. On objectera que ce n’est pas la responsabilité de ceux qui subissent la violence d’avoir une telle vision de leur rôle ; c’est aux autorités de savoir comment se comporter et quelle est la limite de leurs actions.
C’est peut-être vrai en général, mais pas dans ce cas particulier, puisque la ZAD de Notre Dame des Landes a déjà enseigné à l’État français une leçon assez pénible: alors que toutes les procédures (enquêtes, expertises, référendum) qui caractérisaient un «État de droit» avaient conclu à la nécessité d’un aéroport, la décision finale, a pourtant été de ne pas le construire.
On voit donc bien que cette victoire extraordinaire a déjà engagé les zadistes dans le rôle d’instituteurs de l’État: «Ne nous imposez pas vos solutions toutes faites, mais aidez-nous à concrétiser les leçons que nous tirons de notre expérience. Puisque vous ne savez pas vous-mêmes ce que veut dire « développer un territoire », c’est à notre école qu’il faut accepter de vous mettre.» – La suite à lire ici.

Des zadistes dans le rôle d’instituteurs de l’État, oui, mais dans quelle condition? Dans des temps où « l’assez mauvais élève État, disons même ce véritable cancre » comme Bruno Latour le qualifie, « avec une immense détermination tranquille » (Edouard Philippe – vu de dos en image ci-dessus) fait: « d’une main, il lance l’assaut avec des balles en caoutchouc, des grenades assourdissantes et le gaz lacrymogène des gendarmes, de l’autre, il fait usage d’une arme bien plus subtile mais tout aussi violente, celle de la bureaucratie – obligeant des gens qui ont vécu pendant des années ensemble selon leurs propres lois et règlements à se soumettre à l’ensemble des cadres juridiques de l’Etat, faute de quoi ils seront expulsés de chez eux. Une véritable montagne de paperasse, accompagnée de la menace de vertèbres brisées et de membres cassés. » écrit l’anthropologue David Graeber, en Préface du livre. Drôles de conditions pour exercer.

Bon, deuxième version. Pire que la première, mais ô combien aussi convaincante. C’est à la lecture de cet autre chapitre Une manufacture du réel de cette belle personne Nathalie Quintane, écrivaine. Ainsi écrit-elle: “l’Etat reconnaît lui-même, et à quelle hauteur, le caractère historique de la ZAD, la nécessité de l’éradiquer et qu’il n’en reste rien”. Elle poursuit: “Le rien, le néant, est l’une des obsessions lourdes du temps : ou vous êtes « important », ou vous n’êtes rien, comme dirait Macron. Si la ZAD n’est pas rien, c’est qu’elle est importante. Or la ZAD ne doit avoir aucune importance, donc il faut qu’elle ne soit rien”.

Par ces deux versions – ainsi que ces 14 autres éloges-, il apparaît en effet, d’où mon clin d’oeil, qu’en échappant à la fonction officielle qui leur est assignée (le rien), « les zadistes ne « fonctionneraient » plus comme des zadistes…».

D.D

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ruCe qui a été écrit et dit ici-même autour de la ZAD NDDL, de Gilles Clément , de Bruno Latour, et de David Graeber. Et à ré-écouter ici notre beau reportage de Diane (avant l’abandon du projet) sur cette « « zone à défendre » (qui) est bien plus qu’un bout de bocage ».