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Matthew B. Crawford,  » Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver « . N°728

Written by on 23 mars 2016

CRAWFORDJP1-master675« Réaliser que notre attention est une ressource à protéger serait un changement majeur et pourrait déjà modifier la texture de notre vie quotidienne. Je ne sais pas quelle forme cela pourrait prendre, mais dans le livre, je formule le souhait – et ce n’est pas une blague – d’être lu par des urbanistes, des promoteurs immobiliers, etc. »

Tel est l’objectif (lire son interview) du philosophe américain Matthew B. Crawford qui est un type un peu particulier puisqu’il exerce le métier de réparateur de motos. Son dernier livre: » Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver « .

Philosophie et calandres chromées feraient-elles donc bon ménage ? « On réfléchit beaucoup quand on a les mains dans le cambouis. » Un type aux préoccupations très concrètes qui lutte contre ce qui détruit notre attention. Devant l’explosion des sollicitations extérieurs dans les espaces publics par exemple. Comme de savoir quoi choisir et quoi désirer quand les technologies nous offrent le monde entier à portée de clic.

Son précédent ouvrage« Eloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail » fit un carton. C’était un plaidoyer en faveur du travail manuel. Qui célèbrait la grandeur du « faire », considérant que celui-ci éduque et permet d’être en prise directe avec le monde par le biais des objets matériels. Plaidoyer devenu best-seller surprise aux Etats-Unis pour ce professeur de philosophie de l’université de Virginie formé en philosophie politique, qui a tout plaqué pour la mécanique moto. Quoique dans les pièces de moteur, mais fort de ce succès, Crawford est demandé pour des conférences. Il court alors d’une ville à l’autre de par le monde.

Ce qu’il remarque en retour est ce qu’il appelle « une nouvelle frontière du capitalisme ». « J’ai passé une grande partie de mon temps en voyage, dans les salles d’attente d’aéroports, et j’ai été frappé de voir combien notre espace public est colonisé par des technologies qui visent à capter notre attention. Dans les aéroports, il y a des écrans de pub partout, des haut-parleurs crachent de la musique en permanence. Même les plateaux gris sur lesquels le voyageur doit placer son bagage à main pour passer aux rayons X sont désormais recouverts de publicités… »

Author Matthew Crawford in Toronto promoting his new book  called World Beyond Your Head...It looks at how we pay attention in a world of escalating distractions...Le voyageur en classe affaires dispose d’une échappatoire : il peut se réfugier dans les salons privés qui lui sont réservés. « On y propose de jouir du silence comme d’un produit de luxe. Dans le salon « affaires » de Charles-de-Gaulle, pas de télévision, pas de publicité sur les murs, alors que dans le reste de l’aéroport règne la cacophonie habituelle. Il m’est venu cette terrifiante image d’un monde divisé en deux : d’un côté, ceux qui ont droit au silence et à la concentration, qui créent et bénéficient de la reconnaissance de leurs métiers ; de l’autre, ceux qui sont condamnés au bruit et subissent, sans en avoir conscience, les créations publicitaires inventées par ceux-là mêmes qui ont bénéficié du silence… On a beaucoup parlé du déclin de la classe moyenne au cours des dernières décennies ; la concentration croissante de la richesse aux mains d’une élite toujours plus exclusive a sans doute quelque chose à voir avec notre tolérance à l’égard de l’exploitation de plus en plus agressive de nos ressources attentionnelles collectives. » Un signe que la paix et la tranquillité ont été transformés en produits de luxe.

« Pour ma part, il suffit que le téléviseur soit en vue pour que je n’arrive plus à détacher mes yeux de l’écran » avoue-t-il lui-même. Il en déduit que l’attention est un patrimoine précieux. Limité. Qu’en dépend notre capacité de concentration.

Son idée d’en faire un livre a pris de l’ampleur le jour où Crawford a glissé une carte bancaire pour payer à l’épicerie. Et, dans les secondes qui ont suivi entre sa confirmation du montant et l’entrée de son code PIN, il a été confronté à des publicités. C’est le genre de chose qu’on trouve partout: sur les écrans à l’arrière des sièges d’avion, dans la station-service pendant que vous remplissez, dans les stations de transport en commun, etc.

1411cultweeinterview“Notre espace public est colonisé par des technologies qui visent à capter notre attention.” Il est inexorablement approprié par les annonceurs qui soumissionnent pour notre attention, dit Crawford. Des lieux paisibles qui pourraient avoir fourni l’occasion de la pensée ou de la sociabilité sont captés par Muzak. Partout aux Etats-Unis, des restaurants aux terrains de base-ball, aux casinos, il y a des tentatives pour contrôler nos humeurs.

Témoignage personnel. Le mien. Dans les toilettes d’un bar-restaurant de la Place de la gare à Rennes, il y a quelques heures seulement. Je viens de me retrouver en face à face direct avec un écran lumineux diffusant un spot pub pour une grosse limousine (carrosserie automobile). L’écran y est placé bien dans l’axe au dessus de l’urinoir. Immanquable! Ce qui montre si besoin était qu’en colonisant ces lieux où l’intimité peut apparemment ne pas être respectée, l’établissement rennais ne voit aucun intérêt à savoir se retenir de ses déjections… publicitaires.

Et puis ces intrusions sont sacrément efficaces grâce, dit Crawford, « à des stimuli d’emballage de manière à ce que nos cerveaux les trouvent irrésistibles, tout comme les ingénieurs de l’alimentaire sont devenus experts dans la création d’aliments « hyper-agréable au goût » en manipulant les niveaux de sucre, de gras et de sel. La distractivité (trouble de la vigilance) pourrait être considérée comme l’équivalent mental de l’obésité « .

Alors dans cette lutte pour l’attention à l’ère de la distraction, comme pare-feu mental à ce feu d’artifice des possibilités technologiques infinies et des sollicitations invasives diverses, il propose de suivre son exemple : « s’investir dans une activité qui structure notre attention et nous oblige à « sortir » de nous. Le travail manuel, artisanal par exemple, l’apprentissage d’un instrument de musique ou d’une langue étrangère, la pratique du surf, nous contraignent par la concentration que ces activités imposent, par leurs règles internes. Ils nous confrontent aux obstacles et aux frustrations du réel. Ils nous rappellent que nous sommes des êtres « situés », constitués par notre environnement, et que c’est précisément ce qui nous nous permet d’agir et de nous épanouir ». Bref, il s’agit de mettre en place une « écologie de l’attention ». Car pour lui « L’attention c’est voir les choses clairement, c’est rejoindre le monde tel qu’il est, et ceux qui y vivent. »

Mais pour Crawford ça ne suffira pas. Car l’enjeu n’est pas qu’individuel -comme le disent depuis longtemps par ailleurs les Casseurs de pub. Il est foncièrement politique -il cite volontiers Marx et sa vision de l’homme au travail- « L’attention, bien sûr, est la chose la plus personnelle qui soit : en temps normal, nous sommes responsables de notre ­aptitude à la concentration, et c’est nous qui choisissons ce à quoi nous souhaitons prêter attention. Mais l’attention est aussi une ressource, comme l’air que nous respirons, ou l’eau que nous ­buvons. Leur disponibilité généralisée est au fondement de toutes nos activités. De même, le silence, qui rend possible l’attention et la concentration, est ce qui nous permet de penser. Or le monde ­actuel privatise cette ressource, ou la confisque. » La solution ? Faire de l’attention, et du silence, des biens communs. Et revendiquer le droit à « ne pas être interpellé »…

Récupérer l’espace et l’oxygène. D’autant qu’à la lumière de ces abominables attentats récents en des lieux publics -terrasses de bistrot, salle de concert, journal satirique, métro ou avion-, afin de mieux susciter notre « état de vigilance alerte » personnel, un tel plaidoyer pourrait désormais trouver un certain écho.

D.D

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Reader's opinions
  1. Françoise   On   25 mars 2016 at 8 h 43 min

    ANTOINE EMAZ
    cambouis

    « Rester sur du très simple, parce que c’est le plus compliqué à vivre. Donc c’est là que les mots me sont nécessaires pour éclairer. le poème est d’un usage quotidien : disons que c’est un torchon de cuisine, pas un linge sacré à un usage exceptionnel. »

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