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« Toujours utiles un jour ». N°644

Written by on 13 août 2014


Consacrer en ce début août ses congés à dégager des encombrants accumulés dans les celliers, greniers, débarras et autres endroits où ont été entreposés des choses variées, outils anciens, contenants de toutes sortes qui pouvaient autrefois « être toujours utiles un jour quand on en aura besoin », vieux lits, ferrailles, appareils hors d’usage, etc, me pousse à tenter ici de mettre les choses au clair.

Considérant le nombre de tours de grande remorque bien chargée à la déchetterie locale. Où je me suis aperçu, vu le balai des autres remorques elles-mêmes surchargées et sa queue quotidienne pour y accéder, que j’étais loin d’être le seul à me consacrer à pareille activité en cette belle saison (pluvieuse). Chacun s’empressant le temps de l’ouverture -pas le lieu pour se raconter des histoires- dans cet espace qui se tient à l’écart de la ville, de se débarrasser de son bien en s’acquittant de cette tâche sans encombre et dans une atmosphère relativement conviviale.

Dans ce lieu de grande activité de dépôt et de triage, tout ce que j’ai pu y balancer qui fut accumulé au fil des générations, passe en mode « valorisation » (version officielle) donc de renaissance, pour une bonne part. Du ressort rouillé au chiffon souillé, du vétuste au déglingué, de la rouille à la loque, de la ferraille, de l’huile de graissage, ou dieu sait ce que c’est, cuvette de toilette ébréchée, des vieilleries parfois antédiluviennes et détritus en cageots, sacs et bidons, rouleaux de moquette ou de lino, bottes de caoutchouc, fil électrique roulé en boule, treillage de bois, couvercles métalliques, vieux matelas, vieux meubles, polystyrène, déchets de plâtre, nylons, etc… Dans ce cortège à noter que la déchetterie ne prend ni les pneus ni les vieilles cartouches de chasse qui sont de déchets plus que spéciaux, j’en parle en connaissance de cause et à mes dépens.

Projeté à grand fracas dans la benne ou le conteneur adéquat -sans quoi les hommes chargés de s’en occuper rappellent à l’ordre, remettent d’aplomb et le pied à l’étrier le dépositaire mal aiguillé- tout ce méli-mélo indéfinissable de matière redevenue brute, dans ce terminus qui n’en est pas un, s’apprête à un nouveau départ depuis cette plateforme d’aiguillage à destinations diverses. Rigolo d’imaginer là ce qui composera ce dispositif d’ici dix ans à partir de ce qui se marchande aujourd’hui.

Alors si on me demandait là maintenant qu’as-tu fait de la première semaine de tes vacances ?, et où es-tu parti voyager ?, je serai heureux et fier de déclarer que je l’ai consacré à un moment de liberté.

Puisqu’il fut employé à nous alléger de volume et de poids physiques et moraux. En le consacrant à se libérer d’un tas de choses qui renvoient malgré elles à un temps passé, à des vies faites et accomplies, à des manières d’exister qui n’ont plus cours, à aussi quelques objets poignants inscrits dans la mémoire dont il a bien fallu un jour se détacher de gré ou de force.

Indéfinissables ? Voire… Admirons-en la richesse et les nuances comme l’énonce François Dagognet -dans son livre Des détritus, des déchets, de l’abject. Une philosophie écologique.(coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », Institut Synthélabo, 1997)
« Délaissé, abandonné, vil, abimé, délabré, déchiqueté, altéré, négligé, émietté, vieilli, effiloché, dépenaillé, guenilleux, taché, cassé, brisé, délité, déchu, maculé, pulvérisé, démoli, déconstruit, détraqué, déprécié, dévalué, jeté, repoussé, repoussant, déclassé, avili, disqualifié, estropié, relégué, éliminé, banni, innommable, gragmenté, irrégulier, informe, amorphe, inerte, indigent, pauvre, minime, anonyme, fade, misérable, petit, insignifiant, banal, fragile, minable, indigent, inférieur, incomplet, sale, usé, vétuste, délétère, vulnérable, fatigué, incomplet, sans emploi, ruiné, corrompu, fangeux, fermenté, souillé, nauséabond, sans oublier gras, huileux, visqueux, gluant, dégoûtant. Abject. »

Ecouter ici ce philosophe, il nous dessille les yeux sur ce « méta-objet » des déchetteries, témoin d’un âge disparu.

A telle enseigne que pour les amateurs de « design vintage » ou les quasi-bobos assez adeptes du « méta-objet », pas mal d’éléments dans ces remorques auraient pu constituer une belle collection du cru, de bouleau pâle à chaud chêne, le bois dans sa beauté naturelle, ou provenant de mobilier industriel d’origine, aux côtés d’accessoires contemporains, bref tout ce dont vous avez besoin pour créer le look rustique moderne. C’est bien pourquoi braderies et vide-greniers se développent parallèlement.

Voyez comment en vacances, parfois sous les gouttes, les déchets ça forme l’esprit !

D.D


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