36694780_10214690552290124_2916523402346889216_o Préambule. Tout a l’air de s’être un rien calmé dans le monde… Incroyable, comme la vie change vite, vire, tourne, roule comme un ballon de foot. Sans bouger grand chose. Et qui n’éclaire pas toujours une mer calme. Quel tumulte là-dedans, là-dessous! C’est bien ambigu, puisque ça ne va très fort nulle part. Bon, pour calmer l’étendard sanglant élevé, nerveux, permettez!… la photographie. Avec le plus de subjectivité possible, naturellement. Prise dans un coin du regard.

Chronique. Ces deux photos-là proviennent d’une série « vers l’horizon » réalisées par le photographe russe Emil Gataullin. Il s’agit d’une capture de la vie rurale en Russie, loin de l’agitation des grandes villes, en images poétiques en noir et blanc.
Towards the Horizon

Ainsi, pour rendre compte de l’édition 2018 du Festival Photo La Gacilly sur le thème La Terre en Questions, j’opère un zoom – terme approprié- sur cet Emil, l’un des 25 photographes professionnels présentés – ci-dessous photographié (rappelant peu l’angoisse du gardien de but au moment du penalty).

«Je photographie rarement à Moscou et profite de chaque occasion pour visiter une petite ville ou un village. Là, je me sens le plus à l’aise et mon état d’esprit interne commence à résonner avec le monde extérieur. Mon amour pour de tels lieux est lié à mes souvenirs d’enfance. Je passais chaque été dans la maison de ma grand-mère dans le village de Yurino, sur les rives de la Volga, et j’ai pris mes premières photos là-bas.

Pour moi, le processus photographique est à la fois une quête de moments qui manifestent la beauté de la vie quotidienne et une recherche des moyens qui peuvent l’exprimer au spectateur. Vous ne savez jamais où et quand vous pouvez trouver ces moments, et je ne sais pas toujours ce qui me fait frapper le bouton, mais j’essaie toujours de raconter une histoire entière avec un seul coup.  » (itw à Inrussia).

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Et pour un bon zoom sur Emil Gataullin qui voit ce que les autres oublient, et loin des clichés occidentaux, laissons-le encore parler de son travail, de type poème documentaire dont les photos ne glorifient ni ne dénigrent.

« Cette série s’est développée pendant que je visitais les petites villes et villages suburbains de la Russie. Il montre la vie des gens, leurs relations les uns avec les autres et les lieux où ils vivent.

J’ai pris des photographies de lieux provinciaux depuis plusieurs années maintenant. C’est mon sujet principal, je dirais. Je vis près de Moscou, mais je n’y prends pas vraiment de photos et je profite de chaque occasion pour aller quelque part au loin, dans une petite ville ou un village. C’est là que j’essaie de trouver quelques points d’intérêt pour mes photographies. Il y a un charme particulier à la vie provinciale que les grandes villes n’ont pas.

En Russie, on peut sentir la différence entre la capitale et les provinces, le centre et la périphérie comme nulle part ailleurs. Même le mot «provinces» lui-même a une signification particulière dans la langue russe moderne: il signifie «tout le pays, sauf sa capitale». Moscou est la grande capitale, le seul centre qui domine, tandis que tout dépend d’elle. Moscou est autonome, concentré sur elle-même, n’a rien à voir avec ce qui se passe en dehors de ses frontières. C’est une ville de grandes opportunités, des événements majeurs de la vie se déroulent ici, alors que les provinces semblent simplement sans visage et inférieures au point de vue de Moscou.
Quand vous quittez Moscou pour les provinces, vous avez l’impression de traverser la frontière entre deux mondes différents, le sentiment d’espace change et le sentiment de temps aussi. Dans la capitale, l’espace est fermé, limité par les murs des bâtiments, le temps est concentré, ce n’est jamais suffisant. L’espace des provinces semble infini, il s’étend à l’horizon, et le temps s’écoule lentement, presque tout seul.

Dans les provinces, vous avez envie de marcher. Plus vous avez d’espace, plus vos pieds peuvent traverser. Le temps plus lent coule moins vous vous dépêchez. La vie régulière ralentit. Une personne peut le trouver gris et ennuyeux; un autre peut y trouver quelque chose que la capitale n’a pas: le sentiment de la terre et de la nature, l’évasion de l’agitation de la ville.

Un espace différent signifie des personnes différentes. Oui, ils ne peuvent pas être aussi intelligents que ceux qui vivent dans les villes, ils exigent beaucoup moins, mais en même temps ils sont beaucoup plus réels et ouverts d’esprit, leur honnêteté est ce que vous voulez croire. » (itw accordé à Vinius Photo Circle)

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Des photos qui sont des formes d’attention. Des formes d’attention singulière aux choses, au « monde ». Mais qu’est-ce un « monde » ? Yves Citton cite Marie-Laure Ryan qui caractérise un « monde » par quatre traits: « Un ensemble connecté d’objets et d’individus; un environnement habitable; une totalité raisonnablement intelligible par des observateurs extérieurs; un champ d’activité pour ses membres. »

Beau lieu et belle balade photographique donc à ce festival gratuit et d’attention. Pour que nous sachions voir. Voir quand on voit. Et il y va, bien sûr, d’un peu de lucidité dans un coin du regard pour voir ce qui n’est pas là – lire ici.

Et face aux 1000 images de la Terre en questions (thème festivalier), de ressentir comme on regarde le caché des choses: « La violence du libéralisme a engendré son propre partage du visible et de l’invisible. Les oligarques ont droit au secret quand le reste du monde, qu’ils exploitent, est privé chaque jour davantage de toute intimité. » comme l’écrit, avec plus de trente ans d’analyse et de défense des images, la philosophe Marie José Mondzain dans son ouvrage Confiscation des mots, des images et du temps.

Mais, par bonheur, l’image est toujours « déjà ailleurs« , « fuyante et libre » (Marie José Mondzain dans Images ( à suivre).

D.D

Traduction Radio Univers.
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ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour d’ Yves Citton et de Marie-José Mondzain.