En ce moment

Titre

Artiste

 Titre diffusé : 

 Titre diffusé : 

Background

Incongruité du défrichage urbain. N°1259

Écrit par sur 24 juin 2026

 » Voyez le ciel et les champs, et les arbres, et les paysans dans ce qu’ils ont de bon et de vrai »

Georges Sand, romancière.

Voyez l’incongruité de la situation dans laquelle, en ces heures, s’inscrit l’auteur de ces lignes. Employé à faucher les herbes hautes d’un terrain qui borde une rue, qui plus est une rue portant le nom de la grande George Sand. Par-dessus le marché, quelques 150 ans après le 8 juin 1876, le jour où elle s’éteignait.

Avant d’activer la machine, comme si elle était là présente autour de moi, l’auteure de « La mare au diable » m’invite à prendre de la graine à l’écoute de ce que racontent silencieusement les longues herbes de la liberté de la nature.

 « Ces richesses qui couvrent le sol, ces moissons, ces fruits, ces bestiaux orgueilleux qui s’engraissent dans les longues herbes… » 

C’est donc de prêter l’oreille, tant qu’il est encore possible, à la vitalité naturelle du lieu. Se dire que ladite pièce de terre nommée en 1940 La Petite Lande ou Gaudronnière n’est pas pour autant enfermée dans un espace topographiquement réduit à un environnement ultra local, urbanisé et aménagé. Son existence est traversée par des dimensions du monde qui dépassent largement sa géométrie rigide. Elle dispose de traces, d’empreintes, de souvenirs vivaces.

Le moindre souffle de vent relie les lieux éloignés, apporte des odeurs, annonce des changements météorologiques, fait entendre les arbres – à cet endroit, l’héritage peut être revisité : deux vieux pommiers à couteau « Rouget de Dol » de 120 ans assurés (1,60m pour la circonférence du tronc, 12m de diamètre pour la couronne), de véritables morceaux d’histoire végétale quasi-couchés, un grand noyer très productif en belles noix, comme tout autant des trois pruniers, des deux noisetiers aussi très anciens, et de tous leurs oiseaux qui rassurent -, et modifie les sensations du corps en ce quartier ainsi dénommé Bel air depuis la couleur du temps.

Et, ici et là encore, se dire que près de nous dans ce terrain à courants d’air qui se foutent pas mal du grillage des clôtures, à la pousse des plantes et des cycles de l’eau qui échappent au découpage (appelé « lot de lotissement »pour bien l’aplatir), l’écrivaine romantique – qui cultivait chez elle à Nohant un jardin volontairement sauvage, symbole pour elle de la résistance face à la domestication-, aurait raison de nous suggérer de le voir non comme une surface administrée pourtant plus perceptible que jamais, mais comme un tissu de relations sensibles et de mouvements : on peut être immobile géographiquement tout en étant très ouvert au monde.

Si jamais, elle la « pré-écologiste », ressuscitait brusquement, apprenant avec stupeur que ce monde est devenu tout ce qui n’a rien de rafraîchissant, et faisait part à La Chronique d’ici-même de sa résurrection, elle emprunterait pour le dire une rage d’outre-tombe immense face à ce que deviendra ce sol et le reste en cas de catastrophe écologique. Eu égard à cet avant-goût qu’en ces heures nous subissons, des bouillantes années qui viennent, l’une des étapes vers une situation annoncée, y aura-t-il même un avenir ?

Par ses évocations sensibles voire alarmantes, qui pourraient passer pour un conte, sa présence morale à mes côtés en ce temps présent caniculaire aux dommages considérables – lire ici, apparaît d’autant plus pure que son nom est ainsi escamoté, réduit à un rôle purement fonctionnel. Si l’auteur de ces lignes était une âme sensible, l’illustre écrivaine ferait peine à voir en ce bout de quartier de béton et de bitume de ladite… Bretagne romantique!

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de lHabiter. Ainsi qu’autour du Versant animal & végétal, du Chaos climatique, de la Bretagne romantique, et du Romantisme.

 


Les opinions du lecteur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.


Continuer la lecture