Désormais au-delà de 35 degrés (hors les murs). N°1265
Écrit par admin sur 5 août 2026
C’est le climat qui redistribuera les cartes. Pour les vers de terre comme pour tout, nous changeons de régime climatique. Rien n’échappera à cette vérité. Et quoi qu’on fasse, ça sera difficile à lui désobéir.
Nous dirons « il fut un temps » où nous éprouvions le « pur » plaisir d’exister, porté par un élan juvénile, l’horizon nous apparaissant si dégagé. Nous avions l’impression de nous fondre dans l’univers, de nous joindre à son immense et invincible souffle.
Mais voici que nous ne sommes, comme nous l’avons toujours été, que les compagnons de route des vers de terre. A ceci près que ceux-ci peuvent quand même descendre naturellement plus profond, de 50 cm à 1 m, alors que nous vivons, nous, collés à la surface.
Dans son rapport au vivant, dans les liens qu’elle sait accueillir, La Chronique d’ici-même n’hésite pas, fidèles lecteurs vous le savez, à remettre les circonstances en place, entre autres, en terme d’Habiter.
Ainsi va-t-il de soi, disons ça coule de source, en procédent de la même manière à propos de l’habitat. Avec ce sentiment, entre ces heures chaudes et les nuits où l’on n’arrive pas à dormir, que les conversations doivent se mener bon train autour de l’effet climatique qui oblige, désormais au-delà de 35 degrés (hors les murs), ces maisons et logements où l’on habite, à une relation que nos murs n’ont pas encore appris à accueillir.
Concernant ceux-ci, corps vivants, vivaces et vulnérables, il leur devra faire peau neuve et engager la mue écologique. Mais par les temps qui courent, une nouvelle fois, gare aux idées toutes faites, aux doctrines morales et aux concepts constructifs new look qui débarqueront en rafales dès la rentrée, de type changer complètement la forme des espaces, ou redistribuer les fonctions, etc.
Nous n’habitons pas toutes et tous des maisons aux gros murs de pierre, ou de terre crue, ou de béton banché, ou plus rarement – permettez-moi d’en parler en connaissance de cause-, ancrée en bocage haut-breton, une maison de bois entourée d’arbres et d’arbustes qui ne cessent de grandir et de changer de forme, tout en conservant avec ceux-ci de relations durables dans le temps, en plus de la vie végétale en intérieur. Voire de notre rapport à l’espace et à la fidélité silencieuse à un lieu. Là où on ne sait plus très bien si on habite un jardin.
Mais là où on habite et quelque soit la forme de l’habitat, l’on sait qu’habiter la chaleur devient une question de justice sociale. Rappelons au passage que ceux qui ont le moins contribué au désastre climatique sont ceux qui le subissent le plus durement. L’expérience de la chaleur dans un « appart orienté sud-ouest… dur… 45° à l’ombre sur le balcon, étouffant » (témoignage reçu le 22/06) à Rennes, ou sous les combles d’un appart mal isolé, n’a pas le même sens dans une maison de pierre de pays. Ou dans une « architecture du ménagement » qui compose avec le soleil, l’ombre des arbres, la ventilation naturelle, et les rythmes du jour.
« On ne peut s’abstraire du lieu, des conditions climatiques, du paysage, de l’environnement dans lequel on se trouve. » nous disait en 2018 l’architecte-paysagiste Alexandre Chemetoff. Dans cet esprit, les circonstances obligent à faire avec ce qui est déjà, gare alors aux tentations technologiques et architecturales qui déclareront à la volée l’obsolescence de bâtiments existants. Repère immuable : la véritable écologie c’est la transformation et le soin apporté à l’existant. L’instinctif et le vital doivent nous rappeler qu’on ne réinvente pas l’habitat à partir d’une feuille blanche d’autant dans un contexte d’ignorance des mutations à venir. Persistance, si cela ne l’est pas déjà : se méfier des solutions et nomenclatures imposées d’en haut pourtant bien abîmées en chemin. Les circonstances obligent à se rappeler que l’eau, le sol, l’air et le relief sont des fondations premières.
Points positifs : quand le thermomètre s’envole la lenteur s’impose aux corps. Revient le rituel des volets clos, la redécouverte du soir sans télé. Le partage d’une épreuve partagée « Qu’est-ce qu’il fait chaud aujourd’hui ? » Habiter poétiquement la contrainte en marchant à la fraîche, ou aux rayonnements d’un feuillage en appréciant l’ombre portée, une brise locale… Remettre les corvées de corps et d’esprit à après. En somme, en ébranlant nos certitudes sur le pseudo-confort techno et la sur-sollicitation du temps, la chaleur nous réapprend, du moins on n’en est pas très loin, à une forme d’humilité de l’Homme sur terre, voire d’intelligence sensible avant qu’elle nous file inexorablement entre les doigts.
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour d’ Alexandre Chemetoff. Ainsi qu’autour du Chaos climatique.