En ce moment

Titre

Artiste

 Titre diffusé : 

 Titre diffusé : 

Background

Écrit par sur 13 août 2026

On se tient debout, le menton levé, le regard dans la bonne direction du soleil couchant, comme une statue sur son piédestal. Notre position géographique est celle des hauteurs de Saint-Marcan, le massif granitique face au Mont Saint-Michel. Nos yeux sont grands ouverts mais notre regard est protégé par ces fameuses lunettes noires en rupture de stock. On s’efforce de s’accorder à l’image attendue. Ces images du soleil et de la lune n’avaient jamais été placées l’une sur l’autre, de notre vécu jusqu’à aujourd’hui. La « coïncidence¨est totale et l’évènement du cosmos réussi.

Il y a en effet un point commun, une géométrie parfaite entre soleil et lune. L’éclipse est au rendez-vous et nous aussi. Elle relie, rassemble, rapproche. Elle est un point de rencontre potentiel. Elle signifie ce qu’elle a à signifier, mais en même temps, elle s’adresse ou s’écoule en direction de l’origine de toute chose. Et nous marchons sur des feuilles brûlées par la chaleur caniculaire, qui nous rappellent notre interdépendance avec les milieux.

De la dépendance ordinairement invisible de la vie à la lumière, seuls les végétaux dotés de capteurs biologiques le perçoivent, et réagissent immédiatement à la chute brutale de la luminosité. Qui plus est quand elle est causée par une éclipse totale du soleil occasionnant l’arrêt de la photosynthèse. Je doute qu’ils prennent ce phénomène céleste quoiqu’éphémère pour un spectacle attractif. Plus probable qu’ils en retiennent quelques traces.

Dans ce vécu partagé, l’effet de cette apparence changeante de la manière d’être au monde, cette fausse nuit, restera inconnu. Mais d’où elle s’écrit, La Chronique d’ici-même est momentanément entraînée dans une autre manière de voir, d’entendre et d’habiter le flux de lumière terrestre, mais qu’en restera-t-il ?

De ce passionnant phénomène s’installant tout seul en plein jour suivi d’un retour soudain du plein soleil, si cette fièvre humaine pour la fascination cosmique est indéniable, d’un banc de plantes rudérales à la grande forêt aux oiseaux morts, en vigilance orange sous fortes chaleurs, tout le monde végétal et animal est dans ce même temps aux abois.

Et de tout cet intérêt qu’accordent les humains pour ce grand spectacle de l’astre éclipsé, quelles significations les végétaux en donneraient-ils puisqu’eux mêmes sont éclipsés continuellement de l’univers des hommes ?

Auxquels ils doivent accorder dorénavant une dose de confiance limitée subissant de plein fouet cette crise historique et politique de notre manière d’habiter la Terre, qui traite le vivant comme un stock exploitable.

Pour le règne végétal, subir l’éclipse c’est possiblement arpenter le royaume des morts avant l’échéance fatale. C’est être livré à des aventures périlleuses et passé en régime de survie aux heures du manque crucial d’eau et de la mauvaise santé des sols due à l’érosion et aux pratiques intensives.

A ces plantes, flore, arbustes, herbes, arbres ou champignons qui attendent un misérable désir de sécurité hydrique, il leur est offert en ce bref moment sans puits de lumière, les prémices du désastre. Car la conséquence existentielle sur la biomasse de la planète de cette rupture de cycle diurne/nocturne cumulé à l’emballement et l’imprévisibilité croissante des systèmes de la Terre, restera inconnue.

Encaisser de pareils coups est inédit, il en va du sol vivant à la condition humaine terrestre, un rappel de notre condition de vivants interdépendants.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour du Chaos climatique, du Versant animal & végétal, de lHabiter.

 

 

 


Les opinions du lecteur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.