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Bon, nous revoilà français. N°529

Écrit par sur 9 mai 2012

Bien beau ce 6 mai! Bonne chose de faite. Heureux de se savoir débarrassé. J’ai à moitié chialé devant le poste. Pas le seul, j’en ai vu d’autres. Larmes citoyennes. Oh! ici, tout le monde a chialé un bon coup, puis on a parlé d’autre chose. Comblés. Elle nous sortait par les yeux, et le reste, cette clique de marchands de riens qui grouillait dans l’espace du Pouvoir. Qu’elle aille se faire foutre !

Alors, que se passe-t-il maintenant? Quant au sens! Quel est le « sens » de ce qui peut être écrit ici? La question a-t-elle d’ailleurs un sens? Je blague. Sauf que là, l’inspiration se traîne un peu. Quand la colère s’estompe, il flotte l’envie de calme. La tête va et vient. Explication sans chercher des poux dans la tête: tout propos tenu ici découle de ce qui me marque. De ce qui se présente à moi. Car, naturellement, le récit n’est pas écrit d’avance. Et la soudaineté avec laquelle de nombreux effets ressortent, nous égare.

Il y a une foule infinie de processus dans une soudaineté qui nous échappent. Mais là, j’avoue combien Sarkozy m’a, comme à d’autres, incroyablement pris la tête durant ces dix ans. Dix ans! Durant lesquels il fut presque impossible de le laisser de côté. D’y échapper. De s’en déprendre. De s’en écarter. De sa faute. Comme en témoigneront bien des chroniques. Gros travail de déblaiement !..

Dix ans avec cet énergumène! Nous étions embarqués dans un cauchemar (après avoir piétiné tout ce qu’il a piétiné des acquis sociaux et des services publics, etc). Mesurons-en l’impact: de cette décennie, il nous l’a enlaidie et souillée. Ensevelie et étouffée. Mitée et trouée. Carbonisée et figée. Obstruée. Défigurée. On s’étonne que les choses aient pu durer si longtemps. Avec ce type tout en montre. Qui nous épuisait dans son paraître. A tout et n’importe quoi.

Lorsque ce type tout en montre aura disparu, il faudra beaucoup de temps à la nature pour réparer les dégâts. Cet homme n’est plus le centre du monde, et la nature doit le savoir. Ainsi le veut la modestie. Mais tout événement dans la nature suppose du temps. Ceci-dit la nature se fout de tout. Bon, ce qui est sûr c’est qu’il s’est passé quelque chose dimanche. Nous avons mis un terme à l’innommable. Déjà ça! Mais on n’échappera pas à leurs fruits pourris.

Et à ce qui fut répugnant: que ce type bientôt ex-président, agent des plus riches et de la peste brune, ait réussi depuis 10 ans au plus haut de la République, à désigner les plus pauvres à la vindicte populaire en les présentant comme des privilégiés, des profiteurs, des parasites ! Le rejet des autres !

En ce sens, dimanche 6 mai fut un sacré beau jour. Et d’une bien belle couleur. Heureusement la République…Car au bord de la falaise, scrutant l’abîme, on a bien frôlé l’horreur facho-libérale. Le changement est une réalité. Mais, naturellement, son récit n’est pas écrit d’avance.

Et enfin. Bon, nous revoilà français. Tant mieux. Car enfin voici le retour de l’Egalité dans la pensée au plus haut de la République. Ecouter Emmanuel Todd.

Et j’ajoute ce beau texte:

« Egalité. Une politique des droits de l’homme et du citoyen pour fonder la liberté.

Comment lire aujourd’hui ce qui fonde notre volonté et notre capacité de vivre ensemble, comment entendre cet énoncé de principe : « Les hommes naissent et vivent libres et égaux en droit » ? Prise au pied de la lettre la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen affirme rien de moins que l’identification de deux concepts : l’égalité est identique à la liberté, et réciproquement. Plus encore, cette affirmation est posée comme une évidence, valable universellement. Cette idée radicalement nouvelle, au sens propre : révolutionnaire, subvertit l’édifice social tout entier, car à la différence de la liberté des cités antiques qui ne concernait que les maîtres, elle invente un nouvel espace d’humanité, celui des citoyens également libres.
La tradition libérale, illustrée par Benjamin Constant et Tocqueville, se méfiera toujours de ce théorème d’équivalence, craignant que la recherche de l’égalité mette en péril la liberté individuelle. L’égalisation des conditions peut engendrer la dictature conformiste de la majorité. On connaît le succès toujours renouvelé de ce thème majeur de l’individualisme. Inversement, le mouvement socialiste, Marx en tête mais aussi les socialistes utopiques, suspectera le combat pour les libertés politiques de trop privilégier les droits individuels au détriment des droits collectifs, fruit de la lutte contre les inégalités sociales.
Cette opposition a scandé presque deux siècles de débats et de combats aussi bien en France qu’en Europe et de proche en proche dans le monde entier. Or par leur volonté inouïe de mettre à bas l’ »Ancien Régime », les révolutionnaires qui forgèrent la déclaration tout à la fois comme but, drapeau et justification de leur entreprise dévoilèrent par avance la stérilité de cette opposition. Se battre pour la liberté, c’est tout à la fois refuser le principe du despotisme qui plie les individus au « fait du prince » et celui des « privilèges » qui soumet la liberté des plus faibles à celle des plus forts. Qui veut la liberté veut forcément -non par altruisme ou solidarité, quoique cela aussi compte – la disparition de ce qui l’entrave, soit l’inégalité née des « privilèges ». Qui veut être égal ne peut le vouloir que de ses égaux, soit ceux qui se sont libérés de tout principe de despotisme. Les expériences les plus monstrueuses du XXe siècle ont définitivement prouvé la vérité absolue de la réciprocité pratique égalité-liberté. Il n’y a jamais et nulle part d’exemples de lutte contre les inégalités qui ne soit en même temps une lutte contre la soumission, car l’inégalité domine. Un socialisme sans liberté est une impossibilité. Maintenant que le « socialisme réellement existant », c’est-à-dire le despotisme réellement inégalitaire, s’est effondré, nulle argutie ne pourra faire croire qu’un pays qui inscrit l’inégalité au cours de son dispositif « démocratique » est un pays libre. »

Texte de Jean-Paul Dollé. Paru dans l’hebdomadaire Légende du siècle, le 31 mars 1992.

D.D


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