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Bosch vivant. N°688

Écrit par sur 17 juin 2015

kvept0751sSerait-ce là l’approche des congés pour qu’un petit quelque chose m’amène à me remémorer le peintre médiéval, à l’univers fantasmagorique, onirique et inquiétant, Jérôme Bosch ? Ma seule « rencontre » avec lui remonte à la visite de La Tentation de saint Antoine, ou Triptyque de la Tentation de saint Antoine, qui est un triptyque exposé au Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne (Portugal).

J’ai le souvenir d’être resté très longtemps devant ce tableau, à m’en rapprocher, à prendre de la distance, à me rapprocher à nouveau. Emu d’être là face à cette œuvre (en étant coincé entre ce triptyque et dans mon dos, le Saint-Jérôme d’Albrecht Dürer (1521) !) Qui à travers cette multiplicité de personnages plus fabuleux les uns que les autres, ces créatures fantasmatiques, fantasmagoriques, ces êtres hybrides, ces créatures à multi-facettes, raconte sur un arrière-fond d’incendie, l’imprévisible par symboles. En un mot : l’humanité, voire sa folie.

Bon, je reprendrai volontiers le propos des critiques d’art pour qui Jérôme Bosch (1450-1516) révèle certaines angoisses et superstitions de son époque. Je lis aussi que « ce tableau, en parfaite conformité avec le christianisme, joue sur l’allégorie religieuse, les symboles mystiques, voire ésotériques ou astrologiques de son époque et sur les illustrations d’expression populaire locale qui sont difficilement compréhensibles pour un public d’aujourd’hui. »

Et je lis encore que le thème de la folie est vieux comme le monde mais, aux environs de 1500, il est pour ainsi dire omniprésent ; à tel point qu’on a cru pouvoir qualifier le phénomène de « psychose collective ». Le triptyque serait de nos jours exploité comme une source inépuisable pour des lectures et des interprétations psychanalytiques.

triomphe_bruegel (1)Autre tableau. Celui-ci vu au musée du Prado à Madrid, « Le Triomphe de la Mort » peint en… 1562 par Pieter Bruegel l’Ancien. Se rapprochant du monde visionnaire et fantastique de Bosch, il puise souvent directement aux mêmes sources, du folklore aux proverbes populaires. Connu par ces scènes villageoises hautes en couleur (vues en ce qui me concerne à la Vieille Pinacothèque de Munich), il est dit qu’il était un ami des humanistes. Et, témoin d’une époque de violence, ce qu’il peint aussi c’est l’universelle folie humaine. Et de tous les tableaux de lui vus, celui qui m’a le plus frappé –bien que sans goût pour le macabre- est celui complètement hallucinant et archi-visionnaire de ce que sera l’innommable : la barbarie nazie. En effet, y figurent dans ce tableau une charrette pleine de crânes empilés sortie d’on ne sait où, ainsi qu’aux quatre coins l’armée disciplinée des squelettes, dont l’emblème est la croix, contrôlant et conduisant les villageois innocents dans une sorte de long baraquement qu’on imagine être celui de l’extermination finale. Bref, une vue apocalyptique alors de la condition humaine.

Autant de représentations pessimistes sur cette effrayante « nature humaine »… Qui permettent de rappeler ainsi que le triste spectacle d’un monde ne date donc pas d’hier. Mais qui de nos jours se diffuse en boucle sur écran plat -de l’«à-plat» toujours-, jusqu’à ce que nous en soyons massivement imbibés. Matière brûlante par rapport à laquelle politiques et animateurs médiatiques s’agitent, frétillent, et en font leurs choux gras : rien de plus excitant que de corriger les autres en rappelant cette effrayante « nature humaine »…

Ce faisant, heureusement que cette même « nature humaine »…donc sa folie, lui a aussi permis, pas sans mal, à l’homme de se tirer d’affaires. De se refaire. Moyennant qu’il devienne aussi quelque chose de tout autre, qu’il s’invente autre, en inventant « son » monde…supportable. Ce qui s’est toujours fait quand il a su se remettre d’aplomb après avoir connu des pannes sévères d’imagination pour agir sur le monde tel qu’il est.

Mais cette fois-ci, frappé d’une nième « psychose collective » – celle d’en ce moment, dans la continuité la plus naturelle puisque l’homme est ainsi fait, eh bien voilà t’y pas que la gendarmerie nationale s’équipe de logiciels pour prévoir où et quand devraient avoir lieu les prochains crimes ! Et ça s’appelle le « predictive policing ».

Le 21 mai dernier, la gendarmerie française annonce avoir acquis un outil permettant de « prédire » (cambriolages, vols, trafics de stupéfiants ou encore agressions sexuelles) à partir des régularités statistiques observées ces cinq dernières années. Par ailleurs, comme l’indique Mediapart, le Service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale (SCRC) travaille sur un deuxième projet, surnommé Horizon ou Anticrime. A partir du « big data » et grâce à des algorithmes, l’objectif est de prédire des profils de personnes susceptibles de passer à l’acte dans le champ du crime organisé ou du terrorisme, etc. Ou des mouvements sociaux -car pour le capitalisme, un mouvement social, c’est criminel. Le tout combiné à la nouvelle loi sur le renseignement évidemment… Ce qui amène à cette question pour l’instant sans réponse «  Dans quelle mesure l’algorithme est-il une bonne raison de contrôler quelqu’un, ou de l’immobiliser dans la rue ? Donne-t-il une suspicion raisonnable ?  » (Bilel Benbouzid, sociologue).

L’engouement pour les logiciels qui d’un clic solutionnent tout, ne révèlerait-il pas d’abord, en premier lieu, et plutôt certaines angoisses (sur-activées par le tournis médiatique) et superstitions de notre époque, comme le scientisme et le solutionnisme technologique par exemple ?

Et du coup, par précaution personnelle et pour se mettre à l’abri d’un quelconque algorithme intrusif suspicieux, faudrait-il dès le plus jeune âge que chacun s’ajuste aux logiciels de renseignement gouvernemental ? « Une vie dans laquelle nous aurions des règles qui nous seraient ajustées comme un excellent tailleur ajuste nos vêtements serait effectivement l’esclavage total », écrivait le philosophe Cornelius Castoriadis. Oui, approcherait-on tranquillement, certains avec enthousiasme, de ce « bagne idéal » ? Ou folie ?

D.D

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