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Entre les murs de l’Église. N°1013

Écrit par sur 8 octobre 2021

Voici tellement longtemps qu’est évoquée la pédocriminalité entre les murs de l’Eglise. Mais aucune volonté épiscopale pour briser le silence ne se manifestait. Il aura fallu attendre que le tout-puissant pouvoir d’influence impénétrable et sanctifié de l’Eglise décline pour que ce qui fut juste éclairé par quelques loupiotes de témoignages de victimes courageuses devienne enfin audible, donc crédible. Et laisse deviner une sacrée drôle d’histoire grotesque et inhumaine ! Qui ébranle, sape les fondements de l’héritage judéo-chrétien aujourd’hui remis en avant, par exemple en ces heures sombres, par l’ « histrion » cathodique.

Et si volontairement je saisis ici-même ce sujet d’actualité en voici la raison : je viens de tomber, par hasard ou coïncidence, une nouvelle fois sans effort de recherche, sur ce que livrait de vivifiant en son temps, en p. 116-117 de Ce qui fait la Grèce, le philosophe Cornélius Castoriadis.

Pour qui la notion de péché comme celle de volonté sont propres à l’héritage judéo-chrétien : « la maladie de la volonté y a une racine onto-théologique, indissociable du péché. On doit faire une chose mais on en est peut-être incapable et c’est là une faute. On s’impute alors à soi-même la raison de cette incapacité sous la forme d’une mauvaise volonté ».

Mauvaise volonté ? Confession, prières, etc., et hop! le tour était joué. Mais voilà, difficile maintenant d’enterrer ce merdier sous cette seule forme. Les voix s’élèvent. Elles ont tant à raconter…

Comme nous en informe le rapport sur les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique en France qui vient d’être publié. Dans lequel ce qui est le plus frappant, ce sont les chiffres et les histoires des victimes. Au cours des 70 dernières années, plus de 330 000 garçons et filles ont été abusés par des prêtres et des laïcs liés à l’Église.

Un phénomène de masse qui, pendant des décennies, est resté silencieux entre les murs de l’Église, couvert par un silence « systémique ». Le rapport a été produit par la Commission indépendante sur les abus dans l’Église (CIASE), composée de théologiens, de magistrats et de psychiatres. Le président de la commission est Jean-Marc Sauvé, qui était vice-président du Conseil d’État jusqu’en 2018. Pour la première fois, une telle enquête est menée de manière indépendante, et non en interne au sein de l’Église.

La publication de ce rapport est fondamentale car elle donne tout d’abord une idée claire, précise et terrible de l’ampleur du phénomène. Plus de trois mille prêtres en 70 ans. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’une question de quelques individus, ici le problème est l’Eglise entière. L’Église qui se cache, protège et se tait.

L’Église qui laisse des centaines de milliers d’anciens garçons et filles seuls avec leur traumatisme physique et psychologique. L’Église qui ne peut plus s’en sortir avec quelques expressions de repentance, avec la suspension de quelques « pommes pourries ».

« Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite », a déclaré Sauvé. Une autre donnée avait déjà été révélée dimanche par le président de la Ciase: le nombre de prédateurs, évalué entre «2900 à 3200», hommes – prêtres ou religieux – entre 1950 et 2020, une «estimation minimale». Pour lui, ces chiffres indiquent un phénomène au «caractère systémique».

Selon lui, l’Eglise catholique a manifesté «jusqu’au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l’égard des victimes» de pédocriminalité.

Claudette Couturier, aujourd’hui âgée de 56 ans, a déclaré que son plus ancien souvenir d’enfant était d’avoir été violée par trois prêtres qui se jetaient sur elle à tour de rôle. Olivier Savignac, aujourd’hui à la tête de l’association des victimes, se souvient avoir été violé à l’âge de 13 ans lors d’un camp d’été organisé par l’église. Par le même prêtre qui a violé beaucoup d’autres garçons et enfants.

Des centaines d’histoires, de faits-divers avec noms de noms, composent le rapport. Qui empiètent sur les strophes vibrantes et autres danses du ventre : « … que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. ! »

Interrogé sur le rapport de la Commission indépendante sur les Abus dans l’Eglise (Ciase), l’archevêque président de la Conférence des évêques de France, a déclaré, mercredi, sur Franceinfo, que le secret de la confession était « plus fort que les lois de la République ».

Le constat est sans appel : ça craque, ça gicle, brocs d’eau et balais-brosses, omerta et drap par-dessus ne suffiront plus. L’héritage judéo-chrétien n’a toujours pas intériorisé les Lois de la République.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de Cornélius Castoriadis.

 

A lire aussi des extraits tirés de textes de Castoriadis, sur la page Lieux-dits de Françoise, ici.


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