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Erri De Luca, « Marée haute. » N°1025

Écrit par sur 29 décembre 2021

Le premier jour de l’hiver coïncide avec le point le plus bas du soleil à l’horizon. Ce qui suit gagne déjà une petite fraction de lumière.
Je sens l’obscurité du début de la soirée, l’ampoule déjà allumée à cinq heures. Le retard avec le feu dans la cheminée, sa flamme qui illumine et réchauffe.
Au lieu de cela, j’aime la longue obscurité du matin, le début de la journée encore enveloppé dans l’obscurité. J’ai eu plus de temps, avant de sortir au grand jour.
L’hiver est le videur de la lumière, il la fait monter un peu plus haut chaque jour, la laisse tomber plus loin. Après six mois de lent déclin, à partir du 21 juin, l’ascension débute le 21 décembre.
Mon Noël, Nouvel An, épiphanie, sans majuscule, est une célébration de la nature. Je suis reconnaissant pour l’hiver qui fait repartir le soleil, comme l’étaient les générations anciennes  avant de se donner un calendrier.
La nouvelle année commence le 21 décembre, traverse l’équinoxe le 21 mars, lumière égale entre les deux parties de la journée, et se lève jusqu’au 21 juin, le pic du soleil culminant à midi, la plus haute minorité maximale de la nuit.
Le corps est affecté par ce rythme éternel. Au fur et à mesure que les années passent, je le remarque de plus en plus. C’est la chronique des jours qui me préoccupe le plus. Le milieu de l’année vient de commencer lorsque la marée haute de lumière repart de son point le plus bas. »

Erri De Luca, écrivain – « Alta Marea », sur le blog du site de sa fondation, le 28.12.2021.

Avant que le soleil ne se lève, il est possible d’y veiller. Avant qu’il ne se couche, pareil. Guetter l’imperceptibilité du paysage qui entourent ces moments. Observer, rester immobile durant ceux-ci. Percevoir les infimes variations de lumière, regarder ainsi l’obscurité s’éclairer. Quand ça prend peu à peu la lumière et que le soleil se détecte peu à peu. Et à l’inverse repérer l’instant d’allumage d’ampoule, en fin d’après-midi. Un expérience dérisoire ? Pas si sûr.

Ainsi m’est-il possible de remarquer chez une personne très âgée qui m’est très proche, sa volonté de retarder le plus possible le moment pour éclairer. Remarque faite aussi près d’autres d’âge identique. « On a été élevé comme ça. » me dit-elle dans la pénombre – du latin paene (« presque ») et umbra (« ombre »). Pour elle, allumer la lumière pour si peu, c’est « brûler la lumière ». Bien sûr, les époques changent, mais cela ne change rien à la question. Au-delà de l’apparente radinerie de bout de chandelle visant la baisse de la facture d’électricité, cette génération d’avant-guerre, d’avant l’électrification généralisée, a raison. Presser banalement l’interrupteur quand la lumière du jour est faiblarde et le noir pas noir de noir, cela reste un geste pas anodin.

Un geste qui, s’il est intentionnellement retenu, amène à reconnaître en soi les vagues, horaires et coefficients de luminosité. Et… çà !

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour d’ Erri De Luca. Ainsi qu’autour du dernier Solstice d’Hiver.



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