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« Human » contre Zemmour. N°705

Écrit par sur 14 octobre 2015

arton61694-ec44cDéjà diffusé à la télé et dans les salles, je vous propose de voir ou de revoir ici-même un documentaire fort utile à celles et ceux qui n’avaient jusqu’alors qu’une conscience abstraite de l’universel.

On pourrait chicaner sur le célèbre photographe volant Yann Arthus-Bertrand, très connu pour nous avoir montrer la terre vue d’en haut par l’hélicoptère-caméra.

Mais c’était avant. Puisque dit-il « Ce film part d’une panne d’hélicoptère. J’ai été coincé dans un petit village malien. Des gens qui n’avaient rien, qui font des sacrifices quotidiens, ont tué un animal pour moi ! J’arrivais tout juste de Paris. D’un seul coup, j’étais plongé dans tout autre chose. Cela a été bien plus important pour moi que tout ce que j’avais lu avant. Ce sont des personnes qui vous regardent dans les yeux en vous racontant ce qu’ils sont sans mentir, sans rien vous demander. Cela m’a rendu moins idiot, plus ouvert. »

Du coup, ça donne son dernier film : une fresque humaniste de trois heures. Pour lequel « l’hélicologiste » (comme le surnomment ses détracteurs) est resté à terre. A ras le sol. Pour rencontrer, entendre et zoomer l’humanité.

Bien sûr il y a toujours les foules vues d’en haut, d’une incroyable densité. En mouvement. Mais la brassée d’entretiens bouleversants réunis dans « Human », son dernier film, face à la caméra constitue une somme sans équivalent. Alternant profondeur de champ et cadrage serré, en moins de deux heures sur le petit écran, s’y confient des anonymes de tous pays, de toutes couleurs. C’est touchant, à la fois intime, personnel, et universel.

Pour ces tournages-interviews menés dans 65 pays, on ne voit pas le questionneur, on l’entend à peine, toute l’attention est tendue vers les paroles (traduites en simultané) de ces hommes, de ces femmes ou de ces enfants qui ici se confient. Des mots venant de femme battue des favelas, d’enfants prostitués, de père d’un handicapé, de mari macho, d’un sinistré haïtien (« Je vais vous dire ce que c’est que la pauvreté… »), de femmes violées, de femmes harassées, de femmes amoureuses, de femmes heureuses, de condamnés à perpétuité américains, d’une paysanne cambodgienne désespérée, de survivants du génocide rwandais, de réfugiés de Sangatte, d’un vieux pépé lotois, etc. Et à l’image défilent en gros plan toutes sortes de visages, de regards, de rides, de lèvres, de peaux. Et la nature. Nous touchons là l’humanité.

Mais ces mots, surtout ceux de l’intimité, ne sortent pas aussi facilement de la bouche que l’eau d’un robinet ouvert. Tout se fait en confiance. Or une question s’impose: comment instaurer celle-ci pour qu’un inconnu face à une équipe de tournage pendant une heure ou une heure et demi – le temps de l’interview – raconte devant la caméra, des choses qu’elle ou il n’a peut-être jamais dites à personne ? Plus de 2 000 interviews… une vraie prouesse.

Sous tous les parallèles, de l’Angola à l’Australie à la Chine, les citoyens du monde ont répondu aux mêmes questions, filmées face caméra, invariablement en gros plan devant un drap noir. Comme pour montrer l’universalité des propos. « La plupart des personnes n’avaient jamais été devant une caméra, certaines ne savent ni lire ni écrire, et elles parlent du sens de la vie d’une façon inouïe », relève Arthus-Bertrand.

Pas de commentaire, pas de voix-off, pas d’effets, la parole brute, pure. Et nous sommes avec elle embarqués. Nous et les autres, face aux autres. L’Autre, que ce film nous rend si proche, et fraternel, donc « semblable ».

Des hommes et des visages, des visages et des voix, les leurs, les nôtres, leurs mots. Leurs mots pour se dire. Mots si simples. En de courtes phrases, pour dire l’essentiel. Dans les cultures où l’oralité prime, la richesse de la parole humaine et la beauté partout présente.

Ce film est comme un pont, un simple pont « entre la beauté du monde et celle de l’homme », dit le réalisateur. Et à l’opposé de ceux qui y voient un zest de bons sentiments ou de sensiblerie people, « Human », film fraternel, m’apparaît comme une vraie claque à tout ce qui se répand médiatiquement, à ce bouillonnement de l’eau trouble – voir ce prix littéraire accordé à ce type débectant- qui pue « l’identité », la « race », la peur de l’autre, le repli, et autres délires de ce genre. Dont on nous rebat les oreilles avec continuellement surtout et d’abord la haine du pauvre (qui très variablement peut prendre la forme du migrant, etc.).

« Le message est clair : ces gens (les migrants) n’ont pas d’autre solution que de partir », dit Arthus-Bertrand. « Il faudra trouver une solution, car je crois que c’est le début d’un grand bouleversement mondial ». « Le changement climatique est en route et on est incapables de réagir. »

Et parmi tant d’entretiens (sur YouTube, une centaine d’interviews inédites) celui de l’ex-président uruguayen José Mujica. Passé par dix ans seul dans un cachot, dont sept sans livre, l’ancien guérillero dresse un vibrant éloge de la sobriété. « Dans mon film, ce que dit le président Mujica, est l’exemple même de ce que l’on doit faire. C’est le seul homme politique présent dans mon film d’ailleurs. C’est le seul qui avait un regard intéressant. »

D.D


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