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Pollinisation. N°580

Écrit par sur 15 mai 2013

Depuis mon expérience anecdotique d’ « intelligence collective » (voir Chronique précédente) au cours de laquelle des managers « avisés » se chargeaient, tels des butineurs, de polliniser les idées, je trouve pas mal de choses qui me font me poser la question suivante :
Alors que l’abeille justement est en voie de disparition à cause des produits toxiques utilisés en agriculture, à quoi va mener cette mode (ou nouvelle idéologie ?) de vouloir assimiler la société humaine à celle des insectes sociaux ?
Je lis : « Les insectes sociaux sont des insectes vivant et s’organisant en colonies et démontrant une intelligence collective leur permettant de retirer un bénéfice de leur instinct grégaire. »
« Retirer un bénéfice » …quelle drôle d’expression choisie pour décrire le comportement « social » de ces hyménoptères !
Je lis aussi : « À long terme, le fait que tout individu du groupe travaille pour la colonie et non pour lui-même engendre un super-organisme, par exemple, une fourmilière »
Ça donne des idées non ?
Ainsi :
« Henry Duchemin, homme d’entreprise, sociologue et apiculteur, a créé Mélilot Consulting pour transférer des modèles issus de systèmes naturels au management des entreprises et organisations humaines. Il intervient dans le cadre de séminaires, conférences et événements auprès de ceux qui veulent « penser » autrement l’entreprise pour « panser » les blessures de notre planète. »
« Lors de l’essaimage, ce sont les abeilles éclaireuses qui s’échappent de l’essaim au repos pour rechercher et choisir, par un processus itératif, qui leur est propre, un gîte adapté pour accueillir le groupe en transit . Le système complexe et réversible de la thermo régulation de la ruche résulte de la coordination. » Etc, etc…
« Durant l’hiver, ce sont les abeilles dites chauffeuses du centre de la grappe qui transmettent leur énergie aux abeilles regroupées autour d’elles .On observe en fait des sortes de centralités concomitantes, alternatives et temporaires par rapport à une problématique donnée à un instant. » Etc etc…
« Et si cette métaphore devenait elle aussi pertinente pour représenter nos organisations humaines ? Cette image apporte effectivement une autre vision de l’organisation, et un positionnement différent des acteurs ou parties prenantes. Il importe alors de définir la centralité du groupe, ce qui est essentiel pour tous. La logique du cercle ne permet plus de s’en remettre à la hiérarchie, et peut s’élargir ou se concentrer. Plutôt qu’un modèle, la colonie d’abeilles devient une source d’inspiration pour nous faire évoluer, changer de point de vue et créer des approches innovantes et décalées. » Etc etc…

Ce genre de discours et de cabinets de management « fleurissent » sur internet… Ne pas perdre de vue l’organisation totalitaire de la ruche ou chaque « gentille » ouvrière devient un jour une tueuse impitoyable dès qu’un « individu » du groupe présente une « déficience » et n’obéit plus à l’intelligence collective…

D’accord, en dépit de ce que nous ont enseignés la plupart des penseurs de ce temps, l’homme n’est pas une catégorie étrangère à la nature. Il serait plutôt, comme René Char l’a mis en mots, « un excès de matière solaire avec une ombre de libre arbitre comme dard ».

De son côté, la nature n’est pas une mécanique à sa dévotion. Dès lors, à quel titre de nos jours singerions-nous l’abeille ? Notre monde serait-il devenu si petit ? Pourrait provoquer une certaine gêne respiratoire. Vu la turbulence alentour.

D.D


Les opinions du lecteur
  1. Françoise   Sur   16 mai 2013 à 9 h 02 min

    «… transférer des modèles issus de systèmes naturels au management des entreprises et organisations humaines » souhaite ce monsieur Duchemin

    Naturels…rien de bien inquiétant donc…

    Sauf que chez ces sociétés animales le pouvoir pyramidal n’existe pas. Seul un cercle de sujets , apparemment égaux, semble obéir à un pouvoir diffus…
    Cette nouvelle organisation prônée par ces sociétés de management appliquant de nouveaux mots d’ordre et qui peuvent être considérées, si on poursuit leur métaphore, comme les sentinelles (comme on appelle les ouvrières à l’entrée de la ruche), voire des guerrières (si l’individu non productif se présente), n’a-t-elle pas pour objectif de transformer cette structure pyramidale de la société (et encore démocratique) , en cette sorte de cercle qui mime une égalité et un partage mais qui est géré essentiellement par la puissance de l’argent, diffuse et impitoyable …
    Tiens, me revient un des sujets de philo proposés au bac l’an passé :
    « Vaut-il mieux comparer la société humaine à un troupeau, à une ruche ou à une ménagerie » ?

  2. D.D   Sur   17 mai 2013 à 13 h 31 min

    La pollinisation. Ce terme apparaît dans différents ouvrages qui tentent de nous faire repenser l’économie à l’âge de la communication et de la société de la connaissance. Peu de rapport avec ce que les managers branchés récupèrent comme une nouvelle mode. Yves Citton, dans son livre Gestes d’humanités parle ainsi de la vraie pollinisation: « Dès lors que près des trois quarts de nos fruits et légumes reposent sur le travail de pollinisation opéré par les abeilles, c’est toute notre agriculture maraîchère qui se trouve menacée par leur disparition, avec des conséquences économiques incommensurables. On s’aperçoit soudain que la « productivité » des abeilles, loin de se limiter au sommet de l’iceberg qui en est le plus immédiatement visible (le miel), concerne une activité diffuse, qui échappe presque complètement à nos calculs (…). « Au sein de nos économies, l’exemple de la pollinisation nous invite à repérer le travail souterrain, diffus, non comptabilisé, d’un tissu productif qui est le substrat quotidien, microscopique, omni-présent et commun, indispensable à ce qu’émergent des produits individués commercialisables. En ne mesurant que ces derniers, l’économie orthodoxe nous leurre et nous fourvoie sur ce qui assure notre prospérité. Derrière le nombre de voitures, d’écrans plats, de médicaments ou de logiciels vendus (le miel), derrière la masse des salaires versés aux travailleurs directement impliqués dans ces productions (qui ne considère les abeilles laborieuses que pour ce qu’on vole dans leurs ruches), il faut faire apparaître tout le tissu productif qui permet à nos sociétés de tenir (plus ou moins) ensemble et debout: l’énorme masse de travail non-salarié qui se déploie dans les associations, les solidarités familiales, les échanges intellectuels, les élaborations culturelles, masse à laquelle chacun de nous contribue quotidiennement par des petits gestes qui,ensemble, pollinisent notre vie commune. »

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