macrBon, d’abord toutes nos félicitations réciproques à tous les antifascistes qui ont voté contre MLP. Grâce à qui la bête immonde n’est pas passée. Le pire est maintenu à distance. Mais derrière cette barricade de papier qui ne la fera pas reculer, elle ne se dissoudra pas de sitôt. Gros malin qui peut prédire ce que sera la suite. Même si tout ça m’a l’air de mijoter dans un bain de vapeur.

Pour le reste, je reprends ce tweet de Gérard Miller : « Soulagement 1) Le FN est battu 2) On va pouvoir reparler politique, maintenant que la menace Le Pen ne peut plus occulter le péril Macron. » Et cet autre « Deux vérités bonnes à dire. 1 ) Macron est devenu le président de tous. 2) Son programme n’est reste pas moins celui de quelques uns. »

Puis celui d’Aude Lancelin : « Le triomphe de Macron » ose le Monde: abstention record depuis 69, + de 11 millions de votes FN, choix par défaut pour 43% de ses électeurs. »

Ou bien encore ce que disait sur France Culture, le 8 mai, Régis Debray : « Le vote Macron ? Il ne faut pas prendre un canot de sauvetage pour un vaisseau amiral ».

Oserai-je dire en citant ces commentaires que je n’ai nulle envie de me jeter à l’eau quand l’amer monte, ni de m’attaquer à une chronique pharaonique – une corvée – sur l’apparition triomphante d’un jeune souverain sans pédanterie, à l’énergie ascensionnelle toute de facilité et d’insolence, habitée par une urgence, un feu secret, sacré, dont le regard d’acier fait l’effet d’un coup de vent dans le désert des pyramides de verre aussi transparent que son discours le fut face à son fervent public ? « Je vous servirai avec amour », etc.

Bon, disons qu’on ne voit rien de spécial et que ça n’impressionne personne ici, l’habitude est prise. Depuis que cette chronique est au taquet, quatre ont défilé. Et depuis que notre antenne de radio s’érige entre les nuages : François Mitterrand (1981-1995), Jacques Chirac (1995-2007), Nicolas Sarkozy (2007-2012), François Hollande (2012-2017). Ces grands hommes sont faibles, ce qu’on met du temps à comprendre.

Alors…

Alors ? Eh bien d’une chronique, ce qui fait qu’on y retourne semaine après semaine, c’est sa tenue dans le registre qu’elle s’est choisie. Qu’elle démontre de la suite dans les idées. On en a besoin, au royaume des girouettes et du recyclage des théories éculées.

On soutiendra ici qu’en matière de chronique, ce qui s’y révèle c’est la ressource qu’on doit pouvoir y trouver quand tout paraît épuisé, perdu, comme si les coffres ou valises cachaient toujours un double fond.

edouardoBon, c’est un peu méchant mais E.M aura de lui-même ouvert la route – à la caricature : chez Rothschild, de 2008 à 2012 ! -, et le temps ne fera rien à l’affaire – je me place juste du point de vue de l’intéressé, et des consignes qu’il reçoit et applique avec zèle. Si bien que pour parer au krach s’est glissé en ce double fond ce texte d’Edouard Galeano (photo ci-contre) tiré de son bel ouvrage « Les enfants des jours » (Editions Lux) :

« Adoptez un petit banquier !

En 2008, la Bourse de New York s’effondra.

Journées hystériques, journées historiques: les banquiers, qui sont les plus dangereux braqueurs de banques, avaient dévalisé leurs entreprises, même s’ils n’avaient jamais été filmés par les caméras de surveillance et si aucune alarme ne s’était déclenchée. Et il ne fut plus possible d’éviter l’effondrement général. Le monde entier sombra, et la lune elle-même eut peur de perdre son travail et de se voir obligée de chercher un autre ciel.

Les sorciers de Wall Street, experts en vente de châteaux en Espagne, volèrent des millions de maisons et d’emplois, mais un seul banquier alla en prison. Les autres implorèrent à grands cris une petite aide pour l’amour de Dieu et reçurent, pour prix de leurs efforts, la plus grande récompense jamais accordée dans l’histoire de l’humanité.

Cette énorme somme aurait suffi à donner à manger, dessert compris, à tous les morts de faim du monde d’ici à l’éternité. Personne n’y pensa. »

D.D