Capture d’écran 2019-03-05 à 09.33.52Dans son ouvrage L’anthropologie comme éducation (Presses universitaire de Rennes -février 2018), l’anthropologue écossais Tim Ingold livre sur un plateau un brin de réflexion à mener sur notre présent communicationnel.

Considérons cette question comme un temps à prendre pour réfléchir sur l’ensemble des mutations sociales induites par l’agir communicationnel. Qui, sournoisement, est pour la classe sociale dominante, un moyen de déconnection du réel.

Capture d’écran 2019-03-04 à 20.49.27Ainsi dans la thèse qu’il expose, Tim Ingold cherche-t-il l’appui d’un grand ancien, John Dewey – un psychologue et philosophe américain majeur (en image) du courant pragmatiste – « comme allié ». « Pour comprendre le sens de ces deux mots-clés: la communication et la transmission. Le sens que leur donne Dewey n’est pas du tout le même que celui qu’on leur octroie communément aujourd’hui, sous l’influence de la révolution des technologies de l’information et des communications qui ont marqué le deuxième moitié du XXème siècle.

Commençons par la « communication ». Pour la plupart d’entre nous, elle signifie aujourd’hui transmettre des informations ou envoyer des messages. Pour communiquer quelque chose, je lui donne une forme physique qui me permet de vous la transmettre avec le moins de distorsion possible. Vous recevez le message et en décodez le contenu. Dans l’idéal, vous devez donc finalement posséder les mêmes informations que moi au tout début. Je peux aussi renvoyer quelque chose et nous pouvons alors définir la communication comme un échange d’informations. Mais ce n’est pas ainsi que Dewey entend le mot « communication ». Constatant les similitudes entre les mots « communication « , « communauté » et « commun », il s’intéresse à la manière dont des personnes aux expériences de vie différentes parviennent à trouver un terrain d’entente, une vision semblable qui leur permette de poursuivre leur vie ensemble. Peut-être qu’à la manière médiévale, on pourrait faire de l’adjectif « commun » un verbe. Communiquer serait alors synonyme de mettre en commun (commoning). « (p.16)

« Communiquer serait synonyme de mettre en commun »… Ce qui nous ramène assez sérieusement à nos moutons. Entendez, ce qui nous ramène à cette question particulièrement d’actualité devenue irréelle.

Mais pourtant bien réelle comme en témoigne le nécessaire rappel au droit au respect des personnes (à lire ici) de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, du Conseil de l’Europe et du Parlement européen.

Car, quand on y pense et qu’on y réfléchit, cette classe sociale dominante, toute honte bue, ne compte plus entendre. Parle seule à foison mais n’écoute pas. Or sans écoute, pas de commun.

Comme le délivrait d’autre part, à notre micro Bernard Noël « Je crois qu’aujourd’hui tout est fait pour que rien ne parle. » A écouter ici. Ajoutons aujourd’hui: y compris par l’« usage excessif de la force ».

Dewey pointait à son époque la question de la communication. A savoir celle d’une vision semblable qui permette à des personnes aux expériences de vie différentes de poursuivre leur vie ensemble. Mais dans ce pays, de nos jours, le refus de « toute vision semblable » par l’étroite classe dominante est tel qu’elle en est devenue une honte nationale.

D.D

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ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour de John Dewey et Tim ingold. Ainsi qu’autour des Gilets Jaunes, et de l’univers de la communication avec Bernard Noël, ici & .