DSCN2896Bon, par cette belle journée ensoleillée au ciel dégagé, peu venteuse, après une légère gelée, depuis l’temps qu’on l’attend, on se sent dépaysé, et repaysé, et du coup ça peut apparaître incongru de parler… d’eau! Cependant, abdiquer à quelque parole sur le sujet me fait l’effet, c’est sûr, d’un mince filet d’eau qui fait son bruit, mais qui, bloqué par de gros cailloux, à la longue déborde. Si bien que devant vous, par temps sec, par bonheur et en juste cause, l’eau est ici à l’ordre du jour.

Balayée par le fil d’actu, puis tombée dans les trous de notre mémoire, l’info sur le rapport de l’UFC Que Choisir, publié en octobre 2017 à l’occasion des Etats généraux de l’alimentation (lire ici), pointait ceci : dans la moitié du territoire français, les pesticides sont présents dans les cours d’eau à des doses supérieures à la norme autorisée dans l’eau potable. Cette norme est aussi dépassée dans le tiers des nappes phréatiques. Et pire, les contaminations en nitrates ont progressé. Et malgré tous les plans, l’utilisation des pesticides a augmenté de 18% sur les quinze dernières années. En ligne de mire du rapport: des « décennies d’agriculture intensive » et « l’inaction des pouvoirs publics ».

Résultat pathétique, comme l’eau du robinet est de bonne qualité, les consommateurs ne se rendent pas compte de la situation. Or l’eau potable masque la réalité de l’eau souillée de la ressource, qui se raréfie, et qu’il faut dépolluer. Ce qui a un coût. Un coût « astronomique »! Dont la réparation des dommages environnementaux sont essentiellement financée par les consommateurs, précise l’UFC. Via leur facture d’eau, ils payent 88 % de la redevance « pollution » et 70 % de la redevance « prélèvement », soit 1.9 milliards d’euros par an. L’agriculture, pourtant responsable à elle seule de 70 % des pollutions en pesticides, de 75 % des pollutions en nitrates ne paie que « 7 % de la redevance « pollution » et 4 % de la redevance « prélèvement », en violation flagrante du principe « préleveur-pollueur-payeur ».

Folle injustice qui correspond à une subvention implicite à l’agriculture intensive. Et l’UFC Que Choisir de conclure que la politique de l’eau dans les régions est « dictée par les intérêts agricoles », ce qui a conduit à « des mesures essentiellement curatives, trop souvent sans chercher à réduire les pollutions à la source, alors même qu’il est 2,5 fois moins couteux de prévenir les pollutions que de dépolluer ».

DSCN2890Pas même apparu dans le fil d’actu, et déjà tombé dans les trous de notre mémoire, s’ajoute le sort des rus, ruisseaux, petites rivières! Qui ont besoin de nous car chez certains aux yeux farcis par le profit, ces imbéciles baveux, il est plus que temps de les faire disparaître. Ni vus ni connus je t’embrouille. A gommer tous ces petits ruisseaux qui, d’une eau nouvelle, vont leur chemin, vagabondent en terrain plat, à la flânerie controlée contournent les buttes, s’entortillent autour de vieilles souches, rochers, voire parfois bidons gisants, souillures quelconques ou semelles de caoutchouc, galopent à la descente des versants et alimentent nos rivières.

Explication. Le gouvernement pousse pour que soient cartographiées, département par département, l’ensemble de nos rivières. Les grandes, mais aussi, et surtout, les petites. Officiellement pour « mieux connaître les éléments du réseau hydrographique ». Ah! Bonne idée direz-vous! Grosse naïveté! Car officieusement, cette cartographie comme le site Reporterre l’avait montré (lire ici), est mise en branle afin de soustraire une partie des cours d’eau à l’application de la loi et du droit de l’environnement… Voilà tout simplement en faisant disparaître des rus, des ruisseaux, des petites rivières de la Carte des cours d’eau!

Sans aller jusqu’à se grimer en Zadistes, il va falloir une très sévère intransigeance à l’égard de la compromission officielle: « Dans le secret de quelques bureaux, une coalition de politiques et de lobbyistes de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) a décidé de changer la carte géographique et physique de la France. » Et ce groupement d’intérêt par le biais des Chambres d’agriculture et bourses d’étude « a mobilisé ses troupes pour en faire déclasser le maximum », écrit Reporterre.

Faire main basse sur le réel, sur le nôtre, c’est « une stratégie globale de la FNSEA de remise en cause des normes environnementales. Ils veulent façonner le pays en fonction de leurs intérêts. » dit Gilles Huet, président d’Eau et rivières de Bretagne. Pour lui, ce qui est en train de se passer dans l’indifférence générale relève ni plus ni moins d’une « vaste escroquerie ».

Enfin, comme nous le montrent ces photos ci-dessus des marais de Sougeal, dans la vallée du Couesnon, prises par nous-mêmes en ce début février, en cette sombre et pluvieuse météo hivernale, mais là-encore à qui le dire, à qui le faire savoir plus encore, plus fort encore, que, quelque soit le doux temps des aléas météorologiques, les inondations se sont gravement aggravées par la franche banalité de la bétonisation, l’artificialisation des zones humides par drainage, et la disparition des haies ?

Voilà bien ce qui justifie pour le moins notre entretien avec Jean-François Piquot, porte-parole de l’association régionale Eau et rivières de Bretagne.

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D.D

ruCe qui a été dit et écrit ici-même autour du Chaos climatique.