Capture d’écran 2019-02-20 à 19.21.42Dans la chronique précédente – lire ici-, en recommandations de lecture… après avoir un peu disserté autour des GJ, j’évoquais celle toujours en cours du gros pavé Résonances du sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa. Cette fois, je vais rôder du côté de son petit livre intitulé Remède à l’accélération, impressions d’un voyage en Chine et autres textes sur la résonance.

Capture d’écran 2019-02-20 à 11.21.31Pour entrer en résonance avec l’auteur, du moins afin de comprendre son concept de résonance, pour trouver un remède à l’expérience moderne aliénante de l’accélération, Rosa le présente cette fois sous la forme d’un petit fascicule de 92 pages. Pratique, simple, une formule allégée. Avec 10 thèses pour comprendre la modernité.

Hartmut Rosa critique la logique de croissance au nom de la « vie bonne ». Celle-ci étant d’inventer un autre rapport au monde. Sa thèse connue mondialement pour son concept d’accélération, est que tout être humain doit se comprendre comme étant essentiellement en relation avec le monde.

Mais ralentir n’est pas la solution, dit-il, bien que tout va plus vite dans nos vies, et que le temps nous manque cruellement. « La résonance n’est ni synonyme de lenteur ni de douceur » (p. 76). Bref, rien à voir avec les bouddhistes. Ce n’est pas non plus un état émotionnel.

Il s’agit du besoin d’entrer en résonance « avec autrui, avec la nature, avec notre travail, avec un univers qui fasse positivement sens ».

« – Comment en êtes-vous venu à ce concept de résonance, peu sociologique au départ ?
– Par une réflexion sur l’aliénation moderne. Dans « Aliénation et Accélération », mon deuxième livre, je montre en effet que l’accélération devient problématique quand elle mène à l’aliénation, quand elle dénature la qualité de la relation qu’on a avec soi-même et les autres ou avec son travail, au point d’entraîner un grand vide relationnel intérieur, un sentiment de déconnexion généralisée. Quand le monde devient silencieux, froid, indifférent, voire hostile à l’égard du sujet (…)

– Résonner alors, c’est refaire chanter le monde ?
– Avec la résonance, j’ai voulu nommer et définir une relation au monde, une forme de vie qui ne soit pas aliénée, une vie bonne en somme. J’ai puisé dans mon expérience personnelle et me suis demandé pourquoi certains jours je me sens au diapason du monde, appelé par mille idées et envies, mille cordes vibrantes alors que rien ne résonne certains jours. Pourquoi certains matins, au moment même où j’ouvre ma fenêtre, le paysage aussi s’ouvre à moi alors qu’il me fait la sourde oreille d’autres matins ? Comment expliquer qu’un soir le monde semble chanter, et que le lendemain il me toise en silence ? La résonance devient alors un critère de vie réussie : nous sommes non aliénés lorsque nous entrons, physiquement en résonance avec le monde – avec notre regard, notre épiderme, notre respiration, notre rythme cardiaque.

– N’est ce pas un critère très, voire trop subjectif ?
– Non car la résonance se situe toujours dans un entre-deux, entre vous et moi, entre vous et l’extérieur. » (entretien à « Télérama », du 29 août 2018)

Redonner voix au monde n’est pas hors de notre pouvoir, conclut Harmut Rosa dans Résonance. « Il n’est pas trop tard pour commencer aujourd’hui à œuvrer à la qualité de notre relation au monde – à la fois individuellement et ensemble, politiquement. Un monde meilleur est possible, un monde où il ne s’agit plus avant tout de disposer d’autrui, mais de l’entendre et de lui répondre » (p.526).

D.D