« Beaucoup d’encre coule à nouveau sur le sujet de l’aéroport. La métaphore guerrière est omniprésente :  » les deux camps fourbissent leurs armes » peut-on lire partout comme si certains espéraient de nouveau du sang et des larmes. Mais je vois rarement poser la seule question qui vaille sur le fond du sujet : si le rapport des médiateurs montre que l’on peut rester à Nantes-Atlantique comme nous le disons depuis longtemps, avec une piste ne nécessitant qu’un entretien classique, des zones de bruit en diminution malgré l’augmentation du trafic, et un agrandissement de l’aérogare, alors cela signifiera que la Déclaration d’Utilité Publique a été fondée sur un mensonge. Or tous les recours perdus par les opposants l’ont été sur cette seule force de la DUP et sur l’affirmation répétée à l’envi et reprise par les juges qu’il n’y avait pas d’alternative à NDDL.
Pourrait-on enfin s’interroger sur ce qui amène à de tels dysfonctionnements de la décision publique plutôt que de tourner en boucle sur la ZAD ou la question du maintien de Nicolas Hulot au gouvernement ?
Vœu pieux en cette époque de post-vérité ? »

Ci-dessus le texte, daté du 06/12/2017 sur sa page FB, de Françoise Verchère qui voit juste et claire.

En effet à l’époque de la « post-vérité » où les affabulations semblent avoir plus de poids dans les esprits que la réalité. Quand le mensonge est devenu une manière habile de communiquer. Du coup les hâbleurs, baratineurs, bonimenteurs parviennent à faire tenir pour vrai n’importe quel mensonge ou calomnie. Avec, sur les plateaux télé et les unes des magazines, une efficacité indéniable: très nombreux sont les individus prêts à croire les calomnies et mensonges qu’on leur sert.

S’attendre à des langues de vipères aux abois et des mots recuits hurlants vengeance à l’encontre des ZADistes de Notre-Dame-Des-Landes. Qui déjà ont installé selon des clichés, dont certains sont publics, qui viennent de la gendarmerie, pas moins qu’un camp retranché. La raison de ce bobard ? La gendarmerie mène ces derniers jours une opération de communication, pour obtenir le maximum de moyens pour l’évacuation à venir de la zone.

Images et affabulations publiées dans un premier article foireux du JDD (Journal Du Dimanche) dans lequel est décrite une préparation quasiment militaire, avec armes et autres dispositifs de défense mis en place par les zadistes. « Miradors, barricades piégées, stockage de projectiles, tunnels, moyens de communication renforcés… Les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ont transformé le territoire qu’ils occupent en camp retranché. » Bon, le journal démasqué s’en est discrètement excusé. Mais déjà la propagande est partie et ne cessera pas de sitôt.

Si bien que dans le court texte ci-dessus, publié sur son compte FB, Françoise Verchère, auteure du livre « Notre-Dame-des-Landes, la fabrication d’un mensonge d’Etat« , a vraiment raison d’être claire: la Déclaration d’Utilité Publique a bien été construite sur un mensonge. Et pour mieux le masquer, rien de tel qu’une bonne diversion sur ladite « zone de non-droit » – ou le destin de l’ex-animateur de TF1.

Sans être juriste, simplement en m’appuyant sur ce qu’il me reste de souvenirs d’élu local ayant eu à accompagner une procédure similaire (DUP pour un complexe sportif), il m’apparaît nettement que celle dite d’Utilité Publique de NDDL est juridiquement sacrément bancale au regard du rapport officiel des médiateurs remis au PM, à lire ici. Car le motif justifiant la DUP, qui apparaît aujourd’hui entachée d’illégalité, est balayé par ce rapport d’experts qui présente une alternative crédible et moins coûteuse. S’ajoute le fait qu’une fois la DUP approuvée, le projet doit être réalisé dans les cinq ans – elle expire le 09 février 2018. Sans quoi, les parcelles expropriées selon cette procédure, sont jugées abandonnées. Dès lors, la ZAD (Zone d’aménagement Différée) de NDDL apparaît au bord du juridiquement caduc. L’horloge officielle bafouille.

Comment envisager une intervention policière voire militaire dans pareille situation? D’autant que l’ampleur de celle-ci serait sans précédent. Puisqu’elle devra prendre en compte les 1700 hectares du périmètre de la ZAD, l’état épineux et boueux des lieux, la possible mobilisation de la multitude sauvage avec son flux et reflux, et enfin la durée de mobilisation des troupes, jours et nuits. Combien d’hélicoptères, de canons à eau, de policiers et soldats nourris et logés, remis à sec, etc.? D’autant que la lutte pourra se déplacer en d’autres lieux, d’autres villes oubliées ici ou là. Hum! Aventureux. D’autant que déjà ce personnel de l’Etat a d’autres chats à fouetter.

Seule possibilité, le recours à la loi du 03 octobre 2017 (lire ici) qui rend possible sans justification préalable une intervention à la seule suspicion d’une menace supposée terroriste, menaçant l’ordre public. Problème: les zadistes visés sont des militants non-violents! Bien sûr, me direz-vous, il sera toujours possible à temps voulu que tel ou tel fantôme vienne y enterrer, demain, ce soir, dans la minute, un beau gros… mensonge. Mais, là encore, à force d’exagération, d’enfumage et de prises de parole creuses dans le ciel du grand vide, l’impact d’un enlisement généralisé est imprévisible.

Plutôt que jeter les dés, reste donc, une sortie sage, simple et naturelle: requalifier cette ZAD en zone naturelle expérimentale. Comme peut le montrer notre reportage à Notre-Dame-Des-Landes, à ré-écouter ici.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de Françoise Verchère, à lire ici. Et de la ZAD de NDDL.