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La vitre de la galerie d’art. N°986

Écrit par sur 31 mars 2021

L’art contemporain et comment il résonne aujourd’hui dans la rue de Bazouges-la-Pérouse (35), belle petite cité où l’Art est public. En des espaces peu fréquentés y compris les jours où ça bat son plein, dénommés Le Village, site d’expérimentation artistique. Dédiés depuis 1994 à « la création contemporaine (productions d’oeuvres, expositions) et au développement de projets éducatifs afin de favoriser l’accès à la culture pour tous. »

A la lecture du dépliant de présentation de l’édition 2021, j’apprends qu’à la galerie Laizé l’artiste présente un travail autour du proverbe « Il n’y a pas de fumée sans feu ». C’est une série de sculptures Signaux Noirs qui représentent le nuage de fumée noire, symbole de l’industrie polluante, dont la dimension exprime la déliquescence du monde. L’idée n’est pas neuve, et rappelle le sens de l’expression “Enfoncer une porte ouverte ”. 

Par contre, cette dernière expression ne concerne pas à proprement parler la porte de la galerie. Quoique transparente et réfléchissante, la vitre de celle-ci est pour moi, » jusqu’à nouvel ordre « une paroi infranchissable, qui délimite le visible de ce qui ne l’est pas.

D’où l’idée du visiteur-empêché de rendre celle-ci à elle-même. A savoir à sa capacité première à être dans le même temps autre chose qu’une barrière, et de la rendre ainsi disponible à l’imagination. Réduisant du même coup la portée de l’injonction autoritaire à n’être qu’une péripétie conjoncturelle. Si bien qu’en lieu et place, mieux que faire le pied de grue, je m’exerce à surmonter l’infranchissable.

 

 

S’expose ainsi en ces heures sous forme de visite virtuelle culturelle, par le seul biais de la vitre (matière: verre feuilleté) et le réflexe préalable d’auto-positionnement (dans la rue, au pied de la porte fermée, collé à la vitre), la grande tension de l’art contemporain et du bâti ancien en période de Covid-19 et de fermeture des lieux de culture… » jusqu’à nouvel ordre. »

Après recherche internet, l’étymologie du mot virtuel provient du latin virtus – vertu. Comment pourrait-on en douter ? Puisqu’issue des effets réels (les images réfléchies sur la vitre et par transparence, l’accrochage intérieur), la perception qu’on en a est bien réelle, considérant que dans notre champ visuel, le reflet est bien réel. Et la transparence tout autant.

A défaut donc d’avoir porte et expos ouvertes, transposons. Il s’agit bien alors – du moins, visons cette possibilité- d’Art conceptuel procurant au visiteur-empêché immergé dans la matière de proximité, une expérience réelle et actuelle mais médiatisée par une interface, un objet technique, la vitre de la galerie d’art aux expositions « fermées jusqu’à nouvel ordre. »

Qui, dans un pays au pied du mur face à la troisième vague, interroge une notion  » pour tous « . Dans ce qui intervient avec son corps devant la vitre (évocation: Plexiglas). Vitre qui à la fois interagit avec le décor ancien des façades, et confirme l’endroit comme un espace vivant doué de qualités anthropomorphes. Avec lesquelles tout visiteur-empêché se met en relation.

L’art constitue un enrichissement. Il permet de vivre des montages de sensations, des montages de pensées qui nous libèrent du consensus en multipliant notre expérience du monde. Et donc, en effet, nous vivons collectivement une restriction de monde qui est extrêmement forte. »

Jacques Rancière, philosophe – entretien Les Inrocks du 17.02.2021.

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour du Village. Ainsi que de Jacques Rancière.

 

 


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