Capture d’écran 2017-02-20 à 21.03.18Manger de la viande est-il une évidence alors que la consommation de viande augmente dans le monde -et aggrave lourdement la crise climatique (lire ici) ? Une philosophe spécialiste de la question animale, Florence Burgat, directeur de recherche à l’INRA, planche sur cette question et vient de publier “ l’Humanité carnivore ”.

Dans cet ouvrage elle explore une pratique culturelle pas si naturelle que ça. Bref, quel était le régime alimentaire dans la Rome Antique, en Gaule ou au Moyen-âge ? Pour y répondre elle examine les mythes et les symboles liés à la consommation de viande : « Manger les animaux, dit-elle, ne nous est possible qu’à partir du moment où nous ne faisons plus d’eux des êtres, mais une viande bonne à consommer. Preuve qu’ils ne sauraient constituer à nos yeux un aliment ordinaire.»

Pourquoi mangeons-nous les animaux, pourquoi est-ce si trop profondément enracinée dans nos existences ? Dans un entretien, elle pose la question: « C’est ce que j’ai tenté de comprendre dans cet ouvrage : pourquoi les humains, et je dirai plus précisément l’humanité, est-elle à ce point attachée à un régime carné, alors que pour l’immense majorité d’entre les humains, manger des animaux ne constitue pas une nécessité vitale ? »

Dans un autre entretien Florence Burgat déclare « Nous avons affaire à une escroquerie intellectuelle qui pourrait presque donner à penser que l’existence d’abattoirs favorise le bien-être des animaux ».

Pourtant à qui les abattoirs ne sortent-ils pas par les yeux ? A telle enseigne qu’aujourd’hui comme dit Jocelyne Porcher (lire ici), elle-même directrice de recherche à l’INRA, l’on parle d’ » usine de transformation « , plus d’abattoir, la novlangue étant également présente dans ce secteur. Pourtant dans celui-ci tout est bien comme avant, les animaux arrivent bien vivants d’un côté et en ressortent en morceaux de l’autre.

FBurgatfburgatEn voici la présentation de “ l’Humanité carnivore ” (4ème de couverture) : « Pourquoi mangeons-nous de la viande ? (…) Florence Burgat montre qu’on ne saurait se contenter de répondre, avec un haussement d’épaules, « parce que c’est bon » : la chair humaine est réputée aussi avoir bon goût, ce qui n’empêche pas l’anthropophagie de faire l’objet d’un interdit très largement répandu (mais lui-même non universel). Et il existe dans l’histoire et la préhistoire différents modes d’alimentation d’où la viande est absente ou marginale. Il faut interroger les mythes et les rituels, les soubassements anthropologiques de la consommation de viande – y compris un certain goût pour la cruauté, l’idée même de la mise à mort, du démembrement et de la consommation d’êtres vivants, par où l’humain éprouve sa supériorité sur les animaux. La découverte d’un principe d’équivalence au cœur de la logique sacrificielle (la substitution d’un végétal à une victime animale ou humaine) est ce sur quoi Florence Burgat prend finalement appui pour proposer une voie de sortie originale et montrer comment les viandes végétales et in vitro pourraient se substituer aux viandes animales que l’humanité a pris l’habitude de manger. »

Hum ! Les « viandes végétales et in vitro » comme « voie de sortie originale » dit cette végétalienne affirmée. Aïe! Telle « sortie » reste coincée en travers de la gorge chez Jocelyne Porcher. Pour qui la production de viande in-vitro, c’est-à-dire dit-elle de « viande morte, puisqu’il s’agit là de production du vivant sans la vie », est un danger qui nous guette. Parce que ça préfigure la disparition des animaux. Pour elle, les défenseurs des animaux ou s’autoproclamant tels, participent au motif du « bien-être animal » à l’anéantissement de l’élevage en l’accusant de générer de la souffrance animale.

Chose sûre encore aujourd’hui, de ces deux thèses – l’une et l’autre dénonçant la barbarie de l’élevage industriel où les animaux ne touchent pas l’herbe, bourrés aux farines animales et aux hormones de croissance, et qui n’entrevoient pas même la lumière du jour-, pas grand monde à l’étalage pour en débattre. Thèses anecdotiques car hélas, le carnage continue, des milliards d’animaux sont massacrés annuellement.

Pas particulièrement optimiste dans sa vision de l’homme, grand dévoreur de burgers, la philosophe estime que le plaisir gustatif du mangeur de viande est intimement lié à la conscience sous-jacente qu’il dévore un être vivant. Alors se pose la question :  » par quelles voies envisager la fin de l’humanité carnivore  » ? Sans illusion  » d’un sursaut moral et d’un désir de pacification « , elle penche plutôt pour un tour de passe-passe, misant sur les possibilités de ces viandes de substitution (in vitro et viandes végétales). Se substituant par la ruse  » à celles issues de la mise à mort sans que les représentations de la viande aient beaucoup changé « .

Miroir de notre humanité, comme l’écrivait Jacques Derrida (« L’animal que donc je suis« -Editions Galilée) – et comme nous l’indique la belle image ci-dessus de Françoise de Lieux-dits-,  » L’animal nous regarde, et nous sommes nus face à lui.  »

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de l’élevage, du bio et des Amap. Ainsi que du climat.