Art Rock, telle une bulle de libertés, de poésie et de droit à la ville ? N°1254
Écrit par admin sur 27 mai 2026
Ce qui se produit peu souvent c’est qu’un festival de rock se déroule dans un espace qui n’est pas passif, au sens où il n’est pas excentré à l’extérieur de la ville comme le sont la plupart d’entre eux que l’on qualifierait d’hors sol ( les Vieilles charrues, la Route du rhum, les Transmusicales, etc).
A l’inverse, outre le fait qu’il soit lui aussi un produit de rapports sociaux et de forces économiques, la marchandisation des loisirs et spectacles qui l’accompagne, Art Rock demeure l’un des très rares festivals 100% urbains et 100% associatifs et indépendants depuis 1983 – post 81, comme Radio Univers. D’autant qu’il ne bricole pas dans le minuscule (budget global: 3,7 millions d’euros – il génère 9 millions de retombées à l’échelle de l’agglo de St Brieuc, dont 2,5 injectés par les festivaliers dans l’économie locale).
En cela, sans multinationale du divertissement sous contrat, mais pas sans conviction, il est unique en son genre en France. Tout en étant par ailleurs engagé à « défendre la diversité culturelle » et « démocratiser l’accès à la culture », en investissant une dizaine de lieux en centre-ville avec près de 70 propositions artistiques, annonce-t-il.
Si pour la municipalité de Saint-Brieuc la raison d’être de ce festival répond largement à un souci de marketing, de valoir mieux pour vendre la ville et en récolter le bénéfice en notoriété et attractivité, la Fête qui s’y tient durant trois jours ne peut être réduite à cet unique outil de communication et de propagande, ni à un simple divertissement.
Car, sans s’encombrer d’une potentielle inversion des valeurs, si ce qui se matérialise-là répond au besoin humain de « fête », ce qui intéresse La Chronique d’ici-même – quand l’air du temps apparent est à la force qui redevient la seule règle du jeu et quand tout le monde se bat contre tout le monde dans une ère de violence sans limite,… puisqu’il en serait ainsi dit-on partout si l’on donne créance à la prose des choses – eh bien, c’est de comprendre comment par là même ce rendez-vous annuel de la Pentecôte continue-t-il à s’affirmer, en lieux et places, comme une sorte de réappropriation urbaine populaire temporaire – pas moins de 81 000 festivaliers-, telle une bulle de libertés, de poésie et de droit à la ville ?
Si bien qu’à défaut de réponse, de cette journée caniculaire de dimanche, la dernière du festival, dans la large programmation à sa disposition La Chronique d’ici-même a retenu sans hésiter les prestations jazz rap – ancré quelque part- de De la Soul, deux bons vieux briscards originaires de Long Island dans l’État de New York, l’un des groupes phares des plus innovants de la scène hip-hop, Place Poulain-Corbion, que voici ici, et du trio Fleuves « Pour ce final mélodique » – tout autant ancré quelque part – puisqu’étiqueté « Nouvelles musiques bretonnes », ce trio qu’on ne présente ici presque plus. Ce dernier clôturant dans la nuit briochine cette édition 2026 en toute beauté Place De Gaulle, bordée des parvis de Préfecture, Mairie et Cathédrale.
Non-pratiquante de ces rituels modernes comme des anciens, autant La Chronique d’ici-même restera fort circonspecte sur ces « grand-messes » artificielles et programmées de type hors sol à l’écart de tout, propre à la foule passive et consommatrice de musique à la chaîne, dans l’agitation et le simulacre festif ; autant là, en coeur de ville dont le public est un joyeux mélange de générations qu’on ne retrouve pas partout, ça ne baigne pas dans une tonalité uniforme, et appuyé à ce maillage de petits bistrots du centre-ancien encore bien vivant, Art Rock fait penser un peu à une survivance de la fête païenne et populaire sous ciel de Bretagne. Où pour habiter le monde, l’on s’y rencontre, rie et trinque sous le soleil en se partageant autour des mots et des notions musicales, un morceau de pizza ou galette. Bien loin d’imaginer ce vieux centre urbain en conservatoire du patrimoine, puisqu’il se perpétue et se métamorphose.
Car, en réalité, si toute ville est la plus collective des créations culturelles, à Saint-Brieuc elle l’est plus qu’ailleurs.
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour de Fleuves.

