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« Cuguen sous l’occupation nazie », le temps qui ne passe pas. N°1148

Écrit par sur 15 mai 2024

Tout le monde a en tête les massacres d’Oradour-sur-Glane, mais bien peu connaissent qu’à Cuguen – là où Radio Univers a ses studios depuis toujours- quatre jours avant cette tragédie qui a marqué l’histoire de la seconde guerre mondiale, durant plus d’une douzaine d’heures, cette hypothèse est restée foncièrement ouverte.

Ses habitants furent raflés, enfermés dans l’église qui, elle-même, était sous la menace d’être incendiée, des balles de paille obstruant les accès, si l’identité de l’auteur de l’attentat contre un soldat allemand perpétré le jour même en plein bourg face à la Mairie et à l’école publique, ne leur était pas dévoilée. Nul ne sait si elle ne l’a pas été. Seules, la mairie-école et la maison de directeur furent mises à feu. Ces faits remontent au 7 juin 1944. Soit le lendemain du débarquement allié en Normandie.

1944, c’est l’année où la croissance de la répression va de pair avec celle de l’activité des Résistants. C’est l’année qui, face à la Résistance armée qui opérait des actes de guérilla (sabotages et d’attentats…), marque les représailles allemandes les plus violentes. La hiérarchie nazie s’engage alors dans une répression aveugle, à l’image de la « directive Sperrle », édictée le 3 février, qui met en demeure les chefs d’unité en Europe de l’Ouest de réprimer sans discrimination les attentats, excluant par avance de sanctionner tout excès de violence.

Ce décret prescrit à la troupe de répondre immédiatement par le feu en cas d’attaque par la Résistance. Si des civils étaient tués, la faute est rejetée sur les « terroristes ». Si les tirs provenaient d’un bâtiment, celui-ci devait être incendié. L’instruction dite « Sperrle-Erlass » précisait : « Il ne faut punir que le chef manquant de fermeté et de résolution car il menace la sécurité des troupes qui lui sont subordonnées et l’autorité de la Wehrmacht allemande. Face à la situation actuelle, des mesures trop sévères ne peuvent entraîner de punition pour leurs auteurs. Au contraire, il faudra punir un chef trop souple, car il met la sécurité de ses hommes en danger ». La répression par les forces nazies franchit ainsi un seuil lorsque des communautés villageoises entières sont ciblées, comme ce fut le cas à Cuguen.

80 ans plus tard, le 7 juin prochain, les habitants de Cuguen voudront transmettre cette page d’histoire à ne pas oublier. Par de très rares témoignages directs et d’autres plus informels qui échappent à l’usure du temps ordinaire. Intensités fragiles… Ne se fier qu’à cet autre temps, celui du sens, celui qui ne passe pas. Et cette petite arme de résistance peut parfois faire événement : la voix. Car voilà que l’époque change : retour du nazisme et des guerres innommables – lire là.

A cette occasion, le livre publié dans la juste après-guerre (1948) « Cuguen sous l’occupation nazie » d’E.Desvaux, instituteur de l’école publique de l’époque, vient d’être réédité et augmenté en pages. Ce 7 juin, une exposition et des visites commentées sont prévues, une chorale des enfants de l’école se produira, et une conférence-débat se tiendra.

Notons, au besoin, cette page de témoignages, à lire ici. Et ce retour à notre Chronique sur l’important maquis de Buzot distant de trois kilomètres à travers champs, qui, un mois plus tard, jour pour jour, fut attaqué, à lire là.

Pour mieux saisir encore cette époque, la Chronique d’ici-même propose d’écouter le podcast ci-dessous dans lequel Jean-Luc Leleu, historien, spécialiste de la Second Guerre mondiale, membre du conseil scientifique du Mémorial de Caen, présente son ouvrage « Combattre en dictature 1944 – la Wehrmacht face au débarquement. »

D.D

 


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