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Jeremy Rifkin, « La nouvelle société du coût marginal zéro ». N°723

Écrit par sur 17 février 2016

shadow-esso-990x500Trois ans après la Troisième Révolution industrielle, voici de retour le “prophète” imperturbable. Le « gourou des puissants » ou encore « bonimenteur de foire » qui, selon ses détracteurs, distille toujours les mêmes contes de fées.

L’économiste, essayiste, conseiller politique de Clinton, de Merkel, du Parlement européen et du gouvernement chinois, ainsi qu’activiste américain de longue date, spécialiste de prospective, auteur de plusieurs best-sellers, Jeremy Rifkin vient de nous livrer un nouveau pavé (460 pages). Un essai sur l’émergence de technologies décentralisées portant sur la communication, l’énergie et la logistique. Le bouquin a pour titre « La nouvelle société du coût marginal zéro ». Avec en sous-titre « L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme ». Bon, je l’avoue, je suis encore loin de l’avoir tout lu. Mais connaissant l’esprit de son auteur, il me semble possible d’en présenter le contenu.


Jeremy Rifkin poursuit sa thèse développée dans ses ouvrages précédents, à savoir sur la Troisième révolution industrielle. Pour l’auteur, trois innovations conjointes, l’Internet de la communication, l’Internet de l’énergie et l’Internet de la logistique sont en train de changer les règles du jeu de l’économie mondiale. Un nouveau paradigme qui va tout bousculer s’installe. Il est collaboratif. Le capitalisme se meurt. Puisque nous allons passer de la verticalité de l’ère charbon-pétrole à l’horizontalité de l’ère internet.

rifk7Ré-écouter cet entretien qu’il avait accordé à Matthieu lors de son passage à Rennes, nous éclaire beaucoup sur ses idées. En route vers un monde plus écologique, plus durable et plus démocratique.

Si dans son précédent ouvrage, il développait la naissance de l’internet de l’énergie, dans celui-ci est abordé l’Internet des objets. Qui selon lui stimulera la productivité « jusqu’au point où le coût marginal de production de nombreux biens et services est quasi nul, ce qui les rend presque gratuits. » Le coût marginal étant le coût de production d’un objet ou d’un service une fois les coûts fixes absorbés.

Pourquoi donc cette Troisième révolution industrielle qu’il voit naître grâce à la convergence de l’internet des informations, de l’internet de l’énergie, et de l’internet de la logistique, cisaillera-t-elle les bases du capitalisme? Il rappelle-là une nouvelle fois que le capitalisme s’est épanoui au travers des deux révolutions industrielles précédentes qui nécessitaient centralisation et accumulation massive de capitaux. Eh bien, pour lui c’est terminé. Tout dans le nouveau paradigme de « l’Internet des objets » induit la coopération, les échanges pair à pair, l’auto-partage, le crowd-funding, etc, et du coup vient court-circuiter les monopoles à l’origine des profits.

Ruth-wear-650x1093Alors Rifkin rêve les yeux ouverts et prédit, mais surtout le voit déjà apparaître et le décrit, l’avènement du « prosommateur ». Il s’agit d’individu libre qui est à la fois producteur de son énergie -par exemple, à coups de panneaux solaires, d’éoliennes ou de géothermie… (aujourd’hui, 24 % de la production d’électricité en Allemagne), avec redistribution du surplus produit de façon décentralisée de l’énergie sur les réseaux-, et producteur de ses créations… et consommateur (de la production des autres qui lui ressemblent). Et prédit encore la constitution progressive de « communaux collaboratifs ».

Ainsi se développe l’idée chez lui que l’économie du monde se dirige tout droit vers « un coût marginal nul ». Les nouvelles technologies étant de nature à faire baisser les coûts de production. Le big data, les imprimantes 3D, etc. seraient ce qui permettra de ne plus dépendre de l’industrie pour la fabrication de divers objets. D’où la possibilité d’envisager une nouvelle forme de travail libéré. De gratuité et d’abondance . A l’exemple de l’énergie “Le soleil et le vent sont gratuits, il suffit de les capturer, et nous y arrivons de mieux en mieux.”

Pour nous en convaincre, il nous invite à regarder tout ce qui se passe autour d’internet. Ce sont des outils que des millions de gens utilisent quotidiennement, et qui produisent des biens publics. Voilà, ça existe. Bien sûr, reste à inventer les instances supranationales qui réguleront ce secteur de l’internet afin qu’il demeure d’intérêt général.

Il rappelle combien il est indispensable de passer aux énergies renouvelables et de prendre en compte le coût carbone. Le réchauffement climatique étant véritablement une menace sur l’avenir de l’humanité, c’est clair, nous sommes engagés dans une course de vitesse dont l’issue est bien incertaine. Mais il est possible d’inverser la donne.

Comment celle-ci se fera ? En renchérissant le prix des énergies carbonées et nucléaires. Donc c’est politique. Mais l’humanité n’a pas le choix. Et ça changera les choses.

Car pour Rifkin les structures économiques et politiques des sociétés humaines sont largement corollaires des énergies utilisées et de leur mode d’exploitation. Ce qui fait qu’en changeant d’énergie, l’État et le marché devront céder du terrain, beaucoup de pouvoir et d’importance à l’avantage des « communaux collaboratifs ». Qui sont cet ensemble multiple et divers à but non lucratif que l’on nomme associations loi de 1901 comme en France, coopératives regroupant producteurs et consommateurs, fondations, clubs et entreprises de spectacle.

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Mais il va sans dire qu’il faudra aussi éviter que des sociétés comme Google ou Microsoft s’emparent d’un monopole sur cette nouvelle économie. C’est ainsi que « les collaboratistes se préparent au combat ».

« Les nouveaux communiers constituent bien plus qu’un mouvement politique. Ils incarnent une profonde mutation sociale dont les effets seront probablement aussi importants et durables que ceux qui ont catapulté la société d’un horizon théologique à un horizon idéologique à l’aube du capitaliste.

La lutte entre les prosommateurs collaboratistes et les investisseurs capitalistes ne fait encore que commencer, mais elle promet d’être la bataille économique cruciale de la première moitié du XXIè siècle.

Dans la première partie, on s’en souvient, nous avons vu que le passage à la matrice énergie/communication de la première révolution industrielle s’était accompagné d’une double dissociation : les travailleurs avaient été séparés de leurs outils personnels, les investisseurs actionnaires de la gestion des compagnies qu’ils possédaient. Aujourd’hui, la nouvelle matrice énergie/communication de la troisième révolution industrielle permet aux consommateurs de devenir leurs propres producteurs. De plus en plus, ces nouveaux prosommateurs collaborent et partagent, à des coûts marginaux quasi nuls, des biens et services sur des communaux en réseau distribués au niveau mondial, ce qui perturbe les mécanismes des marchés capitalistes. L’affrontement économique en cours entre collaboratistes et capitalistes est l’une des manifestations d’un conflit culturel qui va probablement redéfinir la nature du parcours humain dans les années qui viennent. Si le récit culturel émergent a un fil conducteur, c’est la « démocratisation de tout ». (pg 262).

Eh bien, reconnaissons que sa thèse est séduisante. A l’heure des nihilistes, déclinistes et pessimistes de tout poil, cet intellectuel mondial à l’influence certaine, diffuse une histoire alternative, une histoire collective, un récit d’espoir avec un enthousiasme communicatif qui pousse d’abord à l’action plutôt qu’à la déprime.

D’autant quand, par dessus le marché, il parie sur la défaite du capitalisme à l’horizon 2060. Ou quand il s’appuie sur les nouvelles recherches scientifiques du système nerveux pour étayer cet enthousiasme : « Les humains sont les plus sociaux des êtres vivants. Nous aspirons à la compagnie, nous désirons ardemment l’insertion sociale. Cette sociabilité est en grande partie un acquis déjà intégré dans notre système nerveux, et notre acculturation soit l’alimente soit l’étouffe. » (pg 413).

Sa prospective serait-elle donc vraiment un conte de fées ? Peut-être a-t-on du mal à y croire mais une chose est sûre, elle découle de l’expertise, de la recherche et de la réflexion. Il s’informe, il connaît les faits, les analyse, les creuse. Bien sûr, quand Rifkin dit « Cette mutation est en marche, mais on ne l’a pas remarqué. », il est loin d’apporter la réponse à tout, ni n’a sans doute pas raison sur tout, mais il est préfère rester optimiste. En adepte éclairé -en plus d’être pragmatique et matérialiste- du principe que ce sont « les idées qui mènent le monde », comme l’affirmait le philosophe Hegel. Eh bien, ça donne la pêche. Et qu’on adhère ou pas à sa vision, comme son bouquin est bourré d’infos qui nous renseignent sur le monde qui vient, c’est passionnant ! Denrée rare par les temps qui courent…

D.D

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