21761856_1565363060188825_6533435316014758576_n« Vivre et penser comme des DRH » par Frédéric Lordon. A lire absolument ici, en préambule à leur 34e congrès qui se tient les 11 et 12 octobre au Pré Catelan (restaurant gastronomique 3 étoiles, Paris 16ème), avec en invitée vedette Muriel Pénicaud pour une intervention officiellement titrée (ce n’est pas une blague) « La DRH de l’entreprise France face à vous ! »

product_9782070410705_195x320Le billet de Lordon fait référence explicite à « Vivre et penser comme des porcs » de Gilles Chatelêt, le livre pour comprendre notre époque, avec 20 ans d’avance. Publié en 1998, son pamphlet prophétique résonne aujourd’hui plus que jamais.

Tireur à boulets rouges contre le renoncement globalisé et le système de domestication, Châtelet, mathématicien et philosophe, était un auteur adepte d’une philosophie de combat qui fasse « plus de vagues et moins de vogue ».

Son livre, en fait sa pensée testamentaire, dénonçait alors en des termes mordants ces nouveaux « techno-populistes » post-modernes qui cherchent à rendre rationnelle et même festive la « guerre de tous contre tous ».

En exergue de « Vivre et penser comme des porcs », une citation de Deleuze et Guattari : « la pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant, même démocrate » (in Qu’est-ce que la Philosophie ?). Tout est dit.

Extraits: « Être passé de la chair à canon à la chair à consensus et à la pâte à informer est certes un progrès. Mais ces chairs se gâtent vite : la matière première consensuelle se transforme en une unanimité populiste des majorités silencieuses qui n’est jamais innocente. À ce populisme classique se greffe désormais un nouveau populisme yuppie – un techno-populisme – qui entend bien afficher sa post-modernité carnassière, prompte à digérer le best-of des biens et services de la planète. »

« Un simple hochement de tête de Fabrice et ce fut l’apothéose : la corbeille dégoulinait de jeunes gladiateurs qui simulaient un raid contre la foule… C’était le délire, tout le monde voulait son barbare ! La Goulue jubilait : c’était elle qui avait eu l’idée du commando sexy. « Regarde, Fabrice… quelle ambiance magnifique ! Ton ami Mike est enfoncé ! » La Goulue était un peu comme le miroir magique de Fabrice. Cette fois encore, le miroir avait tranché : « Ô prince, je ne te connais pas de rival par-delà les montagnes, par-delà les océans. Même New York l’orgueilleuse doit s’incliner. » (« Vivre et penser comme des porcs »).

Et comme d’après le PDG de l’entreprise France – comme elle est (sans rigoler) nommée dans les cercles très officiels- « la démocratie ne se fait pas dans la rue », eh bien au temps des vainqueurs, de la grande liquidation et du bradage industriel, devant le management technologique et la mobilisation subjective de ressources humaines, ou de mises au pas brutales ou subtiles – voir en replay l’excellente émission Cash investigation-, à toutes fins utiles et à contre-courant voici pour l’heure notre sélection d’entretiens et de chroniques :

Robert Castel, « le travail c’est le centre de la vie sociale ».
Vincent De Gaulejac, « Travail, les raisons de la colère ».
Francis Jauréguiberry, »le temps de l’ubiquité » ? ;
Nicole Aubert, »le monde accéléré » ;
Roland Gori, « Il n’est pas dit que l’être humain doit fonctionner comme des appareils ménagers ».
– chronique « La joie c’est pas capitaliste« .
– chronique « Cette goutte d’eau…« .
– chronique « Pollinisation ».
– chronique « En mode pilotage-automatique ».
– chronique « David Graeber: Bureaucratie, l’utopie des règles ».
– chronique « La nuit en open 24/7″

D.D