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Logosphère & diffusion du savoir. N°955

Written by on 26 août 2020

La biosphère qui est apparue il y a 3 milliards 500 millions d’années, s’est transformée en technosphère, c’est-à-dire en domination de la technique. Or celle-ci est devenue la domination du calcul. Ce qui rend l’être politique – qui est l’être humain vivant en société, doté du logos (grec ancien λόγος lógos « parole, discours, raison, relation »)- très menacé aujourd’hui.

En réalité, la logosphère est en passe d’être détruite par le calcul. Entraînant immanquablement la destruction du corps politique. C’est l’idée que soutenait le philosophe Bernard Stiegler, nous sommes dans ce temps-là.

Parenthèse. D’où l’importance de notre émission Logosphère qui diffuse du savoir – les savoirs, quels qu’ils soient (savoir vivre, faire ou concevoir)- depuis maintenant plus de dix ans. Et un savoir est ce qui est capable de bifurquer à partir de lui-même, pour reprendre les mots du philosophe.

A écouter & ré-écouter ici.

Retour. A ce sur quoi ce philosophe des techniques, Bernard Stiegler, nous invitait à réfléchir. Nous sommes dans ce temps-là qui se caractérise par cette perte de savoirs – vivre, faire, concevoir.

Naturellement, ne pas repousser l’invitation. D’abord en se penchant sur le concept de données, qui est peut-être le mot le plus important actuellement. En latin, « datum », dont le pluriel est data, terme synonyme du mot données, alors que donner signifie donner.

Le don n’est jamais un processus à sens unique. Il comprend un acte de gratitude pour avoir reçu, et l’enrichissement mutuel que cette interaction apporte. Il apparaît immédiatement que ce n’est plus le cas. Les données sont ce que l’on obtient ; quelque chose de précieux à exploiter, à collecter et à utiliser.

La donnée, elle, doit être séparée sans passion du flux général de la vie, tamisée et filtrée pour la séparer des autres substances avec lesquelles elle est inextricablement liée dans le monde. Des informations utiles doivent être coupées du tissu mondial étroitement maillé. Pour être utilisables, les données doivent être isolées et comptabilisables.

En fait, pour comprendre il suffit de penser à une conversation dans laquelle une partie s’engage ouvertement et généreusement, tandis que l’autre l’utilise uniquement pour recueillir les informations dont elle a besoin.

Clairement, c’est le fonctionnement de l’environnement numérique, qui repose comme on le sait tous sur des logiciels ou des algorithmes. Il est désormais le principal moteur de l’économie mondiale. La vie que nous sommes prêts à partager dans cet environnement numérique – à la fois en toute bonne foi et sous la contrainte des règles du système – devient une grande mine de données.

La vie y est une ressource jetable. Elle est prise sans rien donner en retour. C’est à la fois la « matière première » et pire, « l’auxiliaire du système ».

Tout est affaire d’économie d’échelles, de gains de productivité et de vitesse – et en l’occurrence, à présent, de vitesses de calcul foudroyantes, mises en œuvre par des technologies de scalabilité, c’est-à-dire capables de gérer des échelles autrefois incommensurables, de l’immensément grand à l’extrêmement petit, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Dans les cas les plus optimisés, les machines vont quatre millions de fois plus vite que nous. Le problème est que ce processus devient structurellement et inévitablement entropique, c’est à dire autodestructif.

Les êtres connectés que deviennent la plupart d’entre nous sont calculés par des algorithmes qui les précèdent toujours, et qui font d’eux des auxiliaires du système. »

Bernard Stiegler, philosophe – entretien pour Rue Descartes n°91.

Nous sommes dans ce temps-là, si difficile à penser, à l’heure où tant d’indicateurs sont dans le rouge, et où par le calcul est éliminé l’ensemble de la biodiversité. Alors comme l’annonçait Stiegler « Il y a évidemment un vrai danger. Il procède de ce que j’ai appelé le soft totalitarism, mais ce n’est pas tant celui des Etats que celui des entreprises. (…) J’appelle soft totalitarism le contrôle social opéré par ces technologies de totalisation par les calculs algorithmiques. »

Pour lui, la « révolution numérique » formidablement prometteuse au départ devient un poison laissé aux géants industriels, la data economy, qui les utilisent comme un « psychopouvoir ». Or à l’inverse, si elle s’inscrit dans « l’économie contributive qui valorise les savoirs locaux, mais en ouvrant les territoires aux échanges »- ceci en pratiquant la recherche contributive par la diversité des savoirs-, elle peut devenir un remède.

Ainsi évoquait-il la « pharmacologie »: remède ou poison, il faut choisir.

En confirmant l’invitation de Stiegler, force est de constater que nous sommes dans ce temps-ci, nous y barbotons, où le logos – parole, discours, raison, relation- est en train d’être détruit. Mais qui, opiniâtre, n’entend pas s’en laisser conter. Pour ce faire, le philosophe nous invite à être du côté de ceux qui s’organisent.

Il nous a glissé le plan d’attaque: optimiser la diffusion du savoir est primordial. Pas de l’info ni de la com, cela n’a rien à voir. Mais de ces savoirs, quels qu’ils soient – savoir vivre, faire ou concevoir. Auxquels contribuent, toujours et dans chaque cas, un certain nombre de personnes. Ce qu’il nommait lui, le savoir contributif.

D.D


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