Capture d’écran 2017-11-21 à 22.25.07« Chaque jour a une histoire à raconter. » écrivait Eduardo Galeano (1940 – 2015), un écrivain, essayiste et journaliste uruguayen d’une grande simplicité et humilité, que nous avons eu le privilège d’écouter, il y a déjà pas mal d’années, à l’occasion de la célébration des 50 ans du Monde Diplomatique (vidéo ci-dessous).

Edouard Galeano, résistant aux dictatures uruguayenne et argentine, jusqu’à la fin de ses jours pourfendeur des injustices du monde qui « aime rêver d’un monde à l’envers » qui n’épargne personne :

« Le monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer ».

Edouard Galeano voulait défendre les oubliés à l’aide des mots, montrer les joies simples de la vie comme celle d’une étreinte (Le livre des étreintes, 1989). Ainsi prit-il rapidement position à côté des « oubliés de l’histoire », les indigènes et les pauvres d’Amérique latine. Il était l’enfant chéri de son pays et ses lectures étaient retransmises en direct à la radio, dans la plupart des villes de l’Uruguay.

Eh bien, il s’est glissé en double fond de notre site internet – tel sac à dos ou valise à la main- que vous visitez présentement, comme une envie de lui rendre hommage par une histoire d’un jour tirée de son calendrier de l’histoire humaine « Les enfants des jours » (Editions Lux).

Et comme son livre comprend « 366 histoires, une pour chaque jour de l’année », à la page du jour – ce 22 novembre- c’est celle-ci :

« Fête de la musique.

A ce que racontent ceux qui ont de la mémoire, en d’autres temps le soleil était le seul maître de la musique, jusqu’à ce que le vent la lui vole.
Depuis lors, pour consoler le soleil, les oiseaux lui offrent des concerts, au début et à la fin de chaque jour.
Mais les chanteurs ailés ne peuvent pas rivaliser avec les rugissements et les hurlements des moteurs qui règnent dans les grandes villes. Et l’on entend plus ou à peine le chant des oiseaux. C’est en vain qu’ils s’écorchent le gosier pour se faire entendre, et leurs efforts pour chanter de plus en plus fort gâchent leurs trilles.
Et alors les femelles ne reconnaissent plus leurs mâles. Ils les appellent, ténors virtuoses, irrésistibles barytons, mais dans le vacarme urbain on ne distingue pas qui est qui, et elles finissent par accepter le refuge d’ailes étrangères. »

enfantsdesjoursDu coup en ce jour de 2017, pourquoi ne pas se reconnaître chacun porteur d’histoires, sac à dos ou valise à la main avec en double fond ces deux beaux extraits d’un entretien qu’il accorda à propos de la parution de ce livre/almanach « Les enfants des jours »?

« Ce livre provient de mes promenades par le Guatemala, il y a déjà pas mal d’années, intrigué comme j’étais par comprendre la culture maya et leur certitude que c’est le temps qui fonde l’espace, ce que, traduit, vient à dire quelque chose comme: nous sommes les enfants des jours (…) Depuis quelques années déjà, j’avais en tête un livre/almanach où chaque jour raconterait une histoire, parce que c’est vrai que nous sommes faits d’atomes, mais nous sommes aussi faits d’histoires. Nous les enfants des jours, nous contenons des histoires qui nous parlent et qui veulent être racontées. Et promenées, parce que les paroles ont des jambes. »

« Ce que la vie a de meilleur est sa capacité à surprendre. Je ne sais pas ce qui m’attend au tournant d’un pâté de maisons, et je ne veux pas le savoir. Lorsqu’une gitane m’offre de me lire la main, je la paie pour qu’elle ne commette pas une telle cruauté. Le sel de la vie se trouve dans tout ce que nous ne savons pas. La meilleure de mes journées peut être celle que je n’ai pas encore vécue, qui peut aussi être la pire, ou la meilleure et la pire en même temps, l’histoire marche en zigzag, pas en ligne droite ».

Se reconnaître chacun ainsi porteur d’histoires, et qui plus est, peut être, suivant cette recommandation fort ancienne?

Dans un entretien à un journaliste espagnol en 2012, il assurait : « Je crois que les mots ont un pouvoir, comme Serenus Sammonicus, qui, en 208, pour éviter la fièvre tierce, conseillait de se mettre sur la poitrine un mot et de se protéger grâce à lui nuit et jour : c’était « abracadabra », qui signifie en hébreu ancien « envoie ta foudre jusqu’au bout »… Je choisirais également cette phrase. »

D.D

Ce qui a été dit et écrit ici-même autour d’Eduardo Galeano: ici & . Ainsi qu’autour de cette autre figure emblématique de la pensée latino-américaine, ici.