« Poesía urgente » N°1250
Écrit par admin sur 29 avril 2026
Ce dont La Chronique d’ici-même parle en ce jour se retrouve intégralement dit, sans en faire des caisses, dans ce rendez-vous poétique quotidien à 11h à l’antenne de Radio Univers.
Lequel rendez-vous de fin de matinée repose sur le postulat que toute personne est d’emblée impliquée, d’une manière ou d’une autre, dans une forme d’expression poétique – le langage, la sensibilité, notre manière d’évoquer des évènements vus ou vécus, façonnée souvent par l’héritage d’une créativité transmise de génération en génération, ou la façon singulière de dire le réel, ou les poésies entendues durant l’enfance déterminantes plus tard sous formes d’impressions et d’émotions, etc. Ou pour faire taire la douleur, ou du moins en faire sens.
Et par endroit et par moment, ou « par chance et aussi par vouloir » comme le chante Gilles Servat, on ressent en soi ce manifeste intact de la « Poesía urgente » de Gabriel Celaya, écrivain espagnol et poète antifranquiste :
La poésie est une arme chargée de futur.
« Quand plus rien de personnellement exaltant n’est attendu,
Plus on palpite et plus on est proche de la conscience,
Existant comme un fauve, aveuglement affirmé,
Comme un pouls qui frappe les ténèbres,
.
Quand on regarde en face
Les vertigineux yeux clairs de la mort,
On dit les vérités: Les barbares, les terribles, les amoureuses cruautés.
.
On dit les poèmes
Qui élargissent les poumons de tous ceux qui,
Asphyxiés,
Demandent à être, demandent du rythme,
Demandent des lois pour ce qu’ils éprouvent d’excessif.
.
Avec la vitesse de l’instinct, avec l’éclair du prodige, comme une évidence magique, ce qui est réel nous
Transforme
En ce qui est identique à lui-même.
.
Poésie pour le pauvre, poésie nécessaire
Comme le pain de chaque jour,
Comme l’air que nous exigeons treize fois par minute,
Pour être et tant que nous sommes donner un oui qui
Nous glorifie.
.
Parce que nous vivons par à-coups, parce que c’est à
Peine s’ils nous laissent
Dire que nous sommes ceux que nous sommes
Nos chants ne peuvent être, sans péché, un ornement,
Nous touchons le fond.
.
Je maudis la poésie conçue comme un luxe
Culturel par ceux qui sont neutres
Ceux qui, en se lavant les mains, se désintéressent et
S’évadent.
Je maudis la poésie de celui qui ne prend pas parti
Jusqu’à la souillure.
.
Je fais miennes les fautes. Je sens en moi tous ceux
Qui souffrent
Et je chante en respirant.
Je chante, et je chante, et en chantant par delà mes
Peines Personnelles, je m’élargis.
.
J’aimerais vous donner la vie, provoquer de nouveaux
Actes,
Et je calcule en conséquence, avec technique, ce que
Je peux faire.
Je me sens un ingénieur du vers et un ouvrier
Qui travaille avec d’autres l’Espagne dans ses aciers.
.
Telle est ma poésie : poésie-outil
A la fois battement du coeur de l’unanime et aveugle
Telle est, une arme chargée de futur expansif
Avec laquelle je vise ta poitrine.
.
Ce n’est pas une poésie pensée goutte à goutte.
Ce n’est pas un beau produit. Ce n’est pas un fruit
Parfait. C’est similaire à l’air que nous respirons tous.
Et c’est le chant qui donne de l’espace à tout ce que
Nous portons en nous.
.
Ce sont des mots que nous répétons en les sentant
Nôtres, et ils volent. Ils sont plus que ce qu’ils nomment.
Ils sont le plus nécessaire: ce qui n’a pas de nom.
Ce sont des cris au ciel, et sur terre ce sont les actes. »
Il y a plus. Quand la « Poesía urgente » est mise en voix et musique. Par le chanteur-compositeur Paco Ibáñez par exemple, dans son interprétation des poèmes de Lorca, Neruda, etc., et de l’un de ses plus beaux, celui-ci de Celaya « La poesia es un arma cargada de futuro« , l’ayant entendu au Théâtre Victor Hugo de Fougères, le 24 avril 2012. Vêtu de noir, debout deux heures d’affilée avec la guitare posée sur sa jambe en appui sur une chaise. Radio Univers y était.
À 91 ans, l’artiste – une légende vivante de la résistance espagnole au fascisme- s’est produit ce lundi 27 avril 2026 au magnifique « Teatro Real » de Madrid. Avec cette phrase en arrière-plan : “Il nous reste la parole” [Nos queda la palabra]. Il y présentait « Vivencias » ( Expériences), un hymne à l’humanisme et à la fraternité… face à la barbarie du XXIe siècle.
Comment enfin ne pas sentir l’envie de dire qu’on pressentait déjà au début des années 80 le besoin de « Poesía urgente », puisqu’une continuité existe ici-même eu égard à son album consacré à Federico García Lorca qui figure parmi les rares disques vinyles fondateurs de Radio Univers.
D.D
Ce qui a été dit et écrit ici-même autour des lectures de poésie, de nos entretiens avec les poètes.
